28 août 2008
Crêpes
Quotidien, visites.
En ce moment, je ne fais grand-chose. Enfin c’est l’impression que j’ai. Elle est en grande partie fausse mais comme j’ai 10 000 choses à faire à la fois cette impression est persistante.
Je dois chercher un appartement pour octobre, m’occuper de paperasses, trouver un téléphone portable, un vélo, continuer les cours d’allemand, faire le touriste, sortir, boire des bières avec mes colocataires...et m’occuper de ce blog.
Je fais tout de même mon touriste en essayant d’aller aux musées. Malheureusement, et à l’exception notable des nocturnes du jeudi soir, tous les musées ferment à 18h. Etant toujours un grand matinale je suis obligé de me presser alors que c’est précisément les endroits où j’aime prendre mon temps.
Comme vous pouvez le voir, j’ai visité l’exposition égyptienne de l'Alte Museum avec le fameux buste de Néfertiti. Je dois y retourner car je n’ai guère pu profiter de toute l’exposition, j’avais le gardien pas content derrière moi qui m’attendait pour tout fermer. Je me suis aussi rendu hier au musée de Pergame, assurément le musée le plus impressionnant. Entre la porte de l’Agora de Milet (malheureusement en restauration), l’impressionnant Autel de Pergame (fabuleuse pièce), c’était vraiment époustouflant. Si on ajoute que l’exposition du moment est sur Babylone et que j’adore tout ce qui touche à cette civilisation, j’ai profité pleinement de cette visite. Entre mes souvenirs de 3ème année de Licence sur le sujet, coucou à Boris et à Chloé, et un livre de Science-Fiction que je viens de lire et qui tournait autour d’une relecture des mythes de Enki et de Marduk j’étais en terrain connu. Les photos étant interdites dans la partie Babylonienne je ne peux pas vous faire profiter.
De manière plus générale je dois malheureusement avouer que je n’apprécie pas la construction de la plupart des expositions que je visite. Je ne pense pas que cela soit mieux en France mais ce que j’ai vu ici est toujours construit selon des thématiques autour des objets que les musées présentent. Par exemple, « la Royauté », « la famille et le quotidien ». J’ai envie de répondre « moué ». Avec Babylone on couvre au moins 1500 ans, je ne parle même pas des Egyptiens, ce genre de présentation est assez mensongère. Cela « subsume », ouvrez vos dictionnaires, de nombreux objets, de nombreuses périodes, sous un même critère comme-ci tout était identique au fil des siècles.
Je ne réclame pas un cours d’histoire complet, cela est impossible et cela ennuierait tout le monde, moi compris, mais au moins une construction plus chronologique et un minimum de « background ». Dire que Babylone était un empire puissant, pourquoi pas, mais avoir plutôt dans la première salle une carte qui positionne cette ville et les jeux d’influence au fil du tout serait plus efficace. Poser ce genre de choses ne prendrait que quelques minutes et offrirait au spectateur une base plus solide et imagée. Là on en sort certes impressionné mais tout reste finalement très « vague » et encore je connaissais la question.
Au passage petit panneau assez drôle.
25 août 2008
Kraftwerk - Autobahn
J’ai le sentiment ces derniers jours que Berlin est une ville de Jazz. Simple et sophistiquée. Exigeante mais si Cool. Elle incarne d’une certaine manière les sentiers libres explorés par le Jazz.
Alors je m’écoute du Miles Davis, un peu de Monk et de Coltrane pour accompagner, quittes à passer pour un vieillard auprès de mes colocataires qui ne semblent ne pas comprendre l’intensité de ce son. Dommage pour eux.
Quelque part je triche car cette scène est une scène de l’Allemagne de l’Ouest, elle n’aurait clairement pas pu exister en RDA/DDR. Pourtant elle est aussi typiquement allemande. Comme je ne compte pas me restreindre dans ce blog à la scène Berlinoise parlons en !
Alors on grimpe à bord de notre Berlinette, on met le compteur à 150 et on fonce sur l’Autobahn avec l’un des meilleurs représentants de cette scène : Kraftwerk.
Fondé par deux jeunes hommes qui se sont rencontrés au conservatoire de Düsseldorf, ce groupe va vite chercher sa place dans la musique expérimentale et hypnotique qui prend essor dans la région en s’inspirant de leur formation classique, des machines et de la musique américaine qu’elle soit psychédélique ou « noire » comme le funk. Je l’affirmais sur la notule concernant Metropolis, on se place ici après 1968 où s’est heurtée la génération qui a connue la guerre à celle des années de reconstruction qui souhaite un avenir plus innocent. C’est sur cette tension que va se construire une partie de la Kosmiche Musik et surtout Kraftwerk. Exigeant avec eux-mêmes ils font table rase des années de défaite et du nazisme. Leur objectif n’est pas pour autant de s’enfermer dans une posture régressive mais au contraire de repartir sur des bases saines en vivant l’engouement pour leur époque avec tous les espoirs et les inquiétudes que cela comporte. Dans un monde devenu si grand qu’il en est presque inhumain l’usage des machines en musique semble logique et maintenant accessible. Durant les premières années du groupe (1970-1974), la formation se cherche avec différents musiciens et trois albums qualifiés « d’expérimentaux », Kraftwerk, Kraftwerk 2 et Ralf Und Florian.
C’est avec Autobahn en 1974 que la « centrale électrique » (traduction de Kraftwerk) trouve la formule qui va les rendre mondialement connus. Vivant dans une région très industrialisée et très peuplée, la Ruhr, ils vont chercher à exprimer au travers de concept-albums la musique de cette modernité.
Autobahn parle de prendre l’autoroute et de profiter pleinement de cette excursion. Il s’agit donc de la liberté, celle de se déplacer, mais dans un monde de béton et de lignes droites. C’est en partie ce qu’exprime le morceau éponyme de 22 minutes. Morceau de bravoure, morceau extatique, il s’inaugure sur un bruit de moteur et un coup de klaxon. Le mot Autobahn résonne plusieurs fois avant de lancer le mouvement fantasque qui va donner corps à cette longue piste.
Wir fahr'n fahr'n fahr'n auf der Autobahn.
La seconde partie de l’album brode sur la même thématique avec les deux Kometenmelodie, la première étant sombre et pesante pendant que la seconde sonne comme une libération totale. Vient la nuit avec Mitternacht et la promenade matinale dans la nature, Morgenspaziergang, animée par l’air d’une flûte. Cette seconde partie ne peut rivaliser avec la puissance formelle de Autobahn mais elle permet de s’en remettre, de laisser le tout redescendre doucement vers la conclusion de l’album.
23 août 2008
La minute allèle crochu #1.

Là c’est la réjouissance, 4 photos en noir et blancs avec les bords sombres. 4 photos différentes qui plus est. Vous regrettez de ne pas avoir poser n’importe comment. Vous pensez que vous allez recommencez. Vous bénissez comme tout le monde les gens qui ont eu l’idée de laisser ces machines vétustes plutôt que de les remplacer. Vous venez de vivre votre minute Berlinoise.
Ps : Voilà la mienne avec Luis qui vient de me quitter pour retourner à Dresde. Je n’ai pas de scanner je l’ai donc photographié avec mon numérique et le rendu est très mauvais. Mais cela vous donnera tout de même une petite idée.
Première fête à Berlin....
Autant le dire maintenant : en France, en Espagne et presque partout ailleurs ce qui s’est passé cette nuit là est tout bonnement impossible. Tapage nocturne, descente de flics et au pire arrestations multiples semble être la voix royale si quelqu’un tentait la même chose dans une autre ville que Berlin. Et pourtant.
Cinq heures du matin, je suis épuisé, je rentre une bière à la main en chantant « Quizas, Quizas » façon Nat King Cole (je sais Edith, c'est mal) tandis que les rues sont…parfaitement réveillées. Tout est ouvert. Tous les gens vont au restaurant, font pratiquement leurs courses comme en pleine journée. Il est cinq heures. Je vais dormir. La soirée ne finit pourtant que deux heures plus tard.
Quelques heures plus tôt: Minuit.
Je suis à la table de Poker, la tension est à son comble j’ai misé l’extraordinaire somme de 1€ en tout et pour tout, comme tous les participants. Une des « chambres » est maintenant un dancefloor où se lovent quelques personnes sur une modeste techno. La salle de jeu est remplie, dans la troisième cela discute en anglais, en espagnol et parfois en allemand. Une queue commence à s’organiser pour accéder aux wcs. A la louche on tape facilement dans la centaine. C’est simple, il n’y a pas de contrôle, pas de regards en biais, pas de « Tu connais qui toi ? ». Si vous savez où est la soirée, où si vous entendez la musique dans la rue, que vous arrivez à trouver la bonne sonnette ou que la porte est ouverte…vous pouvez entrer, discuter, participer à la soirée. Ce n’est pas dans l’esprit de poser des interdits ni de refuser l’accès à des inconnus, surtout pas, c'est le principe même de la soirée. Les amis de Maria qui étaient à un autre endroit se retrouvent vite dans la place, je me fais plumé d’ailleurs au Poker. Vers 2-3h, cela commence doucement à se vider, enfin que je pense. Pour aller au petit coin, on emprunte les clefs de l’appartement du dessus et avec Maria et Sasha nous feintons la queue. Combien de gens de l’immeuble sont impliquées dans cette « soirée » ? Je ne sais pas, mais vouloir dormir dans ce boucan relève de l’exploit où d’un alcoolisme avancé.
Deux heures de danse et une partie de baby-foot plus tard, je ne sens plus trop mes jambes, j’ai plus de pièces de 1€ pour la bière. Luis est rentré depuis un bon moment, je me dis qu’il est l’heure d’autant que les couples commencent à se bécoter. Et voilà que Sasha me tombe dessus, « viens, viens à l’étage dans dessus, il passent la musique que j’aime ». Même appartement donc, un étage plus bas. Des affaires et des lits, ce n’était donc pas totalement prévu. Musique des sixties sur vinyles, cela swingue un peu mais c’est surtout le tout qui m’impressionne. Malgré les défauts d’une telle soirée et toutes les critiques qu'on peut lui porter (la techno était de mauvaise facture, dommage pour une ville abritant autant de talents), l’impression de liberté qui se dégage de cette nuit est assez fantastique. Les gens ne se méfient pas les uns des autres, ils profitent du moment comme ils le peuvent. On change de pièces, d’appartements, de fêtes, mais l’esprit reste le même. On pourrait prolonger la soirée n’importe où avec n’importe qui jusqu’au petit matin.
Ps: Hommage à Barney, Guillaume et Boris, un élément essentiel à leurs yeux était présent pour la réussite d'une soirée...il y avait un nain. Je n'ai malheureusement pas eu le temps de discuter avec lui, une autre fois peut-être.
22 août 2008
On ne peut pas être tranquille !
Non mais c’est quoi ce monde ! On s’exile pour fuir les gens et ils nous suivent… J’aurai tenu 6 jours 7 heures et 33 minutes (enfin dans les environs) avant de recevoir mes premiers visiteurs. L’air de rien c’est classe. Comme quoi l’Allemagne ce n’est pas vraiment grand.
Après avoir travaillé un peu moins de deux heures la langue (déjà pas mal pour une reprise), j’ai reçu la visite de Rania, de retour à Dresde, et de…Luis. Ce dernier profite du mois d’août pour traînasser dans la région en quête de nouveautés, il était au Game Convention de Leipzig hier et le voilà aujourd’hui chez moi. Au moment où j’écris ces lignes il est vautré sur mon lit et nous profitons du bon temps en écoutant un magnifique ‘Round Midnight du grand Miles Davis. Le moral a repris des couleurs dans la journée avec le travail matinal, elle remuante cette bestiole.
J’ai profité de leur venue pour retourner à East Side Gallery et dans le centre, Mitte. J’étais content de les voir, je leur ai un peu tout montré, on a mangé et Rania est rentrée à Dresde. Luis reste jusqu’à demain soir. Nous nous sommes promenés, je lui ai montré Unter den Linden, le Reichstag, mon université, l’île aux musées et la grande gare Haupbahnof. Encore une bonne journée.
Pour finir cette notule, la minute Karambolage : Est-ce que les doubles fenêtres existent en France ? Car ici c’est monnaie courante comme dans ma chambre, voir ici, et c’est assez surprenant. Je comprends l’idée, isolation, chaleur, blabla, mais tout de même il y a des méthodes plus « simples », non ?
21 août 2008
Jour 6 (dans pas longtemps je ne compte plus hein…)
C’est assez difficile de trouver le juste équilibre entre l’égotrip et des choses plus sérieuses. Mon lectorat (waouh, quel mot) étant pour le moment plutôt composé de proches mes articles culturellement bancals ne doivent pas séduire la population cyberplanante. Il faut donc que je fasse un peu des deux (oui oui je vais bien). Au fait n’hésitez pas à poster des commentaires, même des insultes, car un blog c’est finalement du travail et sans réactions je ne vais pas le mettre à jour longtemps.
Ces derniers jours j’ai pris le temps de profiter un peu de mes « vacances ». Lundi j’ai passé l’après midi avec Vicente, l’équatorien rencontré dans le train de nuit à l’aller. J’ai rembobiné mon espagnol et nous avons traîné vers Alexanderplatz. Il s’en allait le soir vers Vienne pour continuer son périple mais nous avons passé un bon moment. Le jour suivant (donc le mardi, c’est bien vous suivez), j’ai visité deux appartements. Un à Friedrichshain et le second à Kreuzberg. L’appartement de Friedrichshain est dans un bâtiment en rénovations. Enfin par rénovations il faut entendre que la façade était en train de s’écrouler et qu’ils sont obligés de faire le minimum pour ne pas tuer quelqu’un. Quand je suis arrivé c’était assez « drôle », le numéro n’était pas visible (avec les travaux), mon téléphone ne marchait pas, je ne connaissais pas l’étage. Bref, après avoir monté et descendu deux fois l’immeuble, je suis arrivé à la conclusion que cela devait être le second. Bingo. Grand appartement assez déglingué et rempli de plein de choses indéfinissables. La chambre que je peux occuper pour deux mois est la plus petite (sous entendue, aussi grande qu’un studio parisien). La cuisine est elle aussi assez réduite mais rien de bien grave, dans les bons côtés il y a la machine à laver le linge. Durant ces deux mois, il y a aussi une espagnole de Madrid, Maria, et un allemand que je n’ai pas rencontré. Sur le quartier je ne peux pas dire beaucoup de choses, il est réputé pour ses soirées et son ambiance, c’est un véritable quartier de l’est Berlinois.
Le second appartement à Kreuzberg, est magnifique. Un peu à l’écart de la rue il est très calme alors que le quartier semble bouillonnant. Récent et propre il me donnait vraiment envie, surtout la grande chambre éclairée et vide. Mais le seul colocataire est un homme plus âgé (je ne sais pas exactement mais la trentaine grand minimum) qui souhaite du calme, qui passe la journée à la maison car il a une petite compagnie de coaching par internet. Autant dire que j’ai pris un peu peur, je préfère une ambiance moins terre à terre… Avantage pourtant certain : pas de limite de temps. Kreuzberg est à l’est de la ville mais du côté ouest de la ville. C’est le quartier multiculturel de la ville, il est très animé et la rue sur laquelle donnait l’appartement, Reichenberger Str. est superbe : un peu verte, sans trop de voitures.
Au final, hier, j’ai été « accepté » pour le premier appartement, c’est celui que je souhaitais de toute manière donc tant mieux. Par contre il va falloir se mettre à chercher pour octobre mais cela fait du bien de pouvoir ouvrir son sac.
J’ai profité de ma dernière journée de vie à Potsdam pour retourner dans le parc et visiter un peu les châteaux. A la vérité si vous avez l’occasion de venir prenez une journée entière pour cette visite car en 4h je n’ai pu en visiter qu’un, le nouveau palais de Sans souci. Grand château rococo avec une immense salle de fête et une étrange « salle de la grotte ». J’aurai aimé visité celui de Sans souci mais je suis arrivé trop tard, j’ai donc flâné dans le magnifique parc. Le soir j’ai assisté au match de foot assez soporifique malheureusement de l'Allemagne contre une Belgique bis dans un bar « sport » avec les amis de l’appartement de Potsdam. Passé du temps avec eux était vraiment sympathique, ma dernière soirée à Potsdam fut très bonne.
Aujourd’hui emménagement (voir ici et ici) et courses. Je n’ai rien fait d’autre, j’irai peut-être me promener dans la soirée. Je dois dire que je me sens assez fatigué, je ne sais pas trop pourquoi. De plus j’ai le moral un peu à fleur de peau, sans cesse changeant. Par moment je suis très heureux, à d’autres je me sens mal, je me dis que j’ai visé trop gros et que je ne suis pas taillé pour. Bref, un peu des deux mais je vais tenir le bon bout, me reste beaucoup à faire.
Conclusion un peu négative, mais c’est le sentiment du moment.
Sinon il est 21h et je m’écoute du Serge Gainsbourg à Berlin,...il fait bon, je ne vais pas me plaindre.
20 août 2008
Ellen Allien - Berlinette
Pour commencer ce tour d’horizons des albums allemands qui me font vibrer j’ai opté pour une artiste qui symbolise l’élégance électronique de ce pays et qui est une véritable Berlinoise. Ellen Allien, ou Fraatz de son vrai nom, est maintenant une baroudeuse aguerrie de la scène techno. Premier EP en 1994, fondatrice de l’excellent label Bpitch Control en 1997 et premier album en 2001, elle confirme son ascension par ce second album en 2003, Berlinette. Cet album se propose à la fois comme un hommage à la ville et à la voiture. Une voiture ? Et oui, la Berlinette est une voiture de sport française des années 60 qui a semble-t-il marqué une génération. Ville/voiture, France/Allemagne, niveau hétérozygotie c’est plutôt un bon choix pour entrer en matière.
Il reste néanmoins que la Berlinette avec sa pochette retro-flashy a quelque part tout compris à la musique contemporaine en piochant comme bon lui semble dans le punk, la musique « savante » et la techno rasée.
Comme elle vient de sortir un nouveau disque, Sool, un petit lien vers son myspace s'impose :
http://www.myspace.com/ellenallienbpc
18 août 2008
Metropolis
Tout d’abord, cours d’étymologie du lundi soir, ce terme provient du grec mētrópolis qui signifie « cité mère » en référence aux villes à l’origine des colonies. Par extension, et par l’industrialisation, cela va désigner la grande ville à la fois comme la quintessence de la construction humaine mais aussi comme une menace voire une injure à la puissance divine.
La première apparition culturelle forte de ce terme est le livre de Thea Von Harbour et surtout son adaptation au cinéma par son mari de Fritz Lang. Que dire sur ce joyau du cinéma qui n’a pas été dit ? C’est tout simplement l’une des œuvres les plus marquantes du septième art, avec une esthétique extraordinaire et une histoire inspirée de l’Eve Future de Villiers de l’Isle Adam. Le fait qu’à sa sortie ce très long film ait été un échec retentissant tout en devenant culte souligne peut-être à quel point il dépassait ses propres conditions de productions pour proposer une vision cohérente et délicate. Entre la religion, une vite post-communiste chère à la Thea Von Harbour (future collaboratrice des nazis), ses décors grandiloquents inspirés d’un voyage à New York, sa dramaturgie implacable par le grand Fritz Lang, on pourrait écrire un pavé entier dessus. Ce film, le premier classé au patrimoine de l’UNESCO, a été pour moi un tremblement de terre, sentiment que j’ai réédité en m’offrant l’impeccable Dvd produit par MK2 éditions. Film fabuleux et maudit, il manquait encore jusqu’à cet été près d’une demi heure de l’édition originale qui vient d'être retrouvée…à Buenos Ares. Il a marqué la conception du terme "Metropolis" en lui conférant son aspect mystique, urbain et américain.Est-ce un hasard si quelques années plus tard la ville du Superman des deux compères Jerry Siegel et Joe Shuster se nomme elle-même Metropolis ? Est-ce comme certains le prétendent une vision diurne de New York city alors que Gotham, antre de Batman, serait la version nocturne ? Probablement. En nommant la ville de Supes de cette manière ces auteurs se sont réappropriés peut-être malgré eux le mythe naissant de la Metropolis de Lang. Colossale, impressionnante, cette Metropolis a néanmoins besoin d’un être semi divin pour assurer sa sécurité et son intégrité. Nous nageons pleinement dans l’Age d’Or des Etats-Unis avec ses nouvelles icônes et son redressement formidable des années 30. Le succès retentissant de Superman fixa peut-être aux Etats-Unis ce concept dans le moule de la bande dessinée.
Ainsi, c'est de l’autre côté du Pacifique que rebondit notre affaire. Après la guerre, le futur dieu du manga Osuma Tezuka commence à fixer ses obsessions en matière de manga dans un court récit, palpitant et très bien rythmé qu’il nomme Metropolis. Tezuka a affirmé par la suite qu’il n’avait pas vu le film de Fritz Lang, mais qu’il en avait entendu parlé et qu’il avait vu la fameuse image du robot allongé sur la table avec l'espèce de serre-tête autour de lui. S’il n’a pas eu l’occasion d’assister à une représentation du film il semble avoir totalement compris comment s’articule cette thématique. C’est dans une ville américaine que se produit l’action du manga. Des phénomènes paranormaux, des taches sur le soleil, rendent possibles l’apparition d’un androïde au visage d’ange, Mitchii, que le professeur Lawton a été obligé de construire sous la menace du criminel Duc Rouge. L’histoire est remplie de rebondissements tous plus invraisemblables les uns que les autres. Les planches inspirées par Walt Disney sont certes naïves mais elles donnent une fluidité assez épique, une fois commencée on ne peut que difficilement s’extirper de cette bande dessinée sans l’avoir terminée. Tous les stigmates de Tezuka sont déjà là, les scènes mémorables de foules par exemple, comme au tout début du manga avec le congrès des scientifiques. La couverture fait figure de manifeste sur le thème « Métropolis », elle condense l’image de la mégalopole lumineuse et celle du Duc Rouge qui est à la fois d’une élégance toute moderne tout en semblant manifestement hostile, méprisant et orgueilleux….
Pour finir ce petit tour d’horizons, revenons à notre Allemagne. En 1978 dans le bien nommé Man-Machine, Kraftwerk continue son petit bonhomme de chemin sur sa relecture de la modernité et de la culture allemande. Le projet de ce groupe était finalement post soixante-huitard, on y reviendra, il consistait à reprendre les traits de la culture allemande d’avant le déluge nazi tout en se tournant résolument vers l’avenir que ce soit pour le critiquer ou en faire une espèce d’apologie nostalgique. Il n’est donc pas surprenant dans cet album d’avoir un « We are the robot » qui nous ramène à une technique effrénée qui abrutit l’humanité. La présence de Metropolis prolonge cet effort en y ajoutant selon moi un souffle supérieur qui rend pleinement hommage à Lang.Tout commence dans une douceur répétitive et industrielle. Après plus d’une minute de cette ambiance s’opère un bouleversement improbable, le rythme d’usine s’accélère, et un air synthétique vient faire s’envoler le morceau en annonçant les paroles à venir : « Metttropolis ». La binarité de la ville, haute et basse, effroyable et pleine d’espoirs s’exprime totalement.
Chez les « Metropolis » on retrouve donc bien les deux thèmes : la puissance humaine aliénante et l’espoir d’une force divine permettant au mieux l’équilibre au pire de supplanter le danger que représente l'humanité. A cette dualité s’ajoute une autre dualité, celle d’une ambition nationale que ce soit chez Tezuka ou Kraftwerk. Ces deux pays, le Japon et l'Allemagne, ont étés en partie détruits et reconstruits par les Etats-Unis qui prend la figure titulaire de la ville mère. En produisant leurs œuvres, ces artistes connotent la relation entretenue avec la superpuissance tout en soulignant un renouveau culturel de leurs propres nations….
*Note de moi-même, il faudra que je prenne un jour le temps d'expliquer précisément pourquoi le vingtième siècle est le siècle de la Science Fiction comme le dix-neuvième fut celui du Roman, ce qui permettra de comprendre en grande partie la prégnance de « Metropolis ».
17 août 2008
Allemagne, Jour 1.
Le voyage en train s’est bien passé, les couchettes étaient agréables et j’ai discuté avec un Equatorien, Vicente, qui se promène en Europe 15 jours grâce à un billet Eurolines. Une fois arrivé à Berlin j’ai pris un billet pour Potsdam car un ami me loge deux jours. Cela me permet d’arriver calmement avant que la semaine commence avec mes tentatives pour trouver un logement. Potsdam est une ville sereine et belle, avec d’immenses lacs un peu partout. Nous nous sommes promenés dans le fameux parc Sans-Souci, avec son fameux château entre autres monuments et surtout pour moi la tombe de Frédéric II. Depuis je me repose dans l’appartement où loge Pierrot avec 4 autres colocataires. Plafond à 3 mètres, très bien placé, esprit zen, c’est clairement le genre de logement rêvé…j’espère d’autant plus trouver quelque chose qui me convienne…
Je commence à prendre conscience de l’épreuve représentée par ce voyage et de tout ce que cela implique. Quelque part ce périple va mettre fin à de nombreuses choses dans ma vie, choses que j’appréciais, que je n’étais pas pressé de quitter, mais je sais aussi « qu’il est temps ». C’est une étape que je dois franchir qui sera j’espère aussi enrichissante que ce qu’elle me coûte.
Demain, journée tranquille dans Berlin, je vais prendre mes marques tout doucement. J’ai déjà parlé anglais et espagnol mais j’ai à peine prononcer quelques mots en allemand… Je vais progresser !
Ps : ne me demandez pas pour les pommes de terre, je n’en sais rien…