27 nov. 2008

Liars!

J'inaugure encore une nouvelle catégorie sur mon blog, « histoire d’albums produits en Allemagne ». On pourrait aussi l'appeler la catégorie « tricherie » car il s’agit de parler de disque qui me tiennent à cœur mais qui ne sont pas crées par des autochtones même s’ils ont une histoire avec ce pays. Pour inaugurer cela, petit tour d'horizon d'un groupe que j'admire : Liars.


En 2002-2003 j'ai écouté énormément d'albums. Je lisais beaucoup d’articles sur le net pour trouver vers quoi jeter mon dévolu. Je me souviens d'un article de Chronicart qui survolait les deux groupes de Rock américain dont la carrière commençait et décollait. D'un côté on avait le coup de maître revival cold wave : Interpol. L'album était grandiose, parfaitement construit et pensée, il s’incarnait avec cette sobre pochette tout de noir et rouge. vêtue Bourrés de tubes en puissances -ou n’y avait-il que cela ?- on pouvait l'écouter inlassablement. Je me souviens de son achat et des si nombreuses fois que je l’ai plongé dans ma chaîne hi-fi. Par la suite je n'ai malheureusement jamais retrouvé dans leurs autres disques ce frisson original. De l'autre côté on avait la face obscure de New York : Sombre, punk, maladive. C'était des californiens qui s'étaient trouvés dans Big Apple pour construire leur univers. Les Liars donc.


Si lutte il y avait, elle était quelque part inégale, Interpol se faisait propulser en France par France Inter (The Black EP) et se retrouvait directement dans les festivals et dans les discothèques des amoureux de Rock. Liars pendant ce temps offrait un voyage d’une courte intensité, avec ces voix venues d’on ne sait où, ces cliquetis électroniques (The Garden Was Crowded And Outside) et une fin d'album aussi facile qu'inaccessible. Une boucle sur prêt d’une demi-heure. Personnellement, surtout pour un premier album, j'y voyais un morceau de bravoure aussi simpliste qu'endiablant. Cette boucle ainsi que tout l’album They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top venait s’installer avec ces voix lointaines et presque incompréhensibles dans mes messes noires musicales... Non pas que l’album était extraordinaire, loin s’en faut, mais il dégageait quelque chose de puissant, d’intriguant. Ce n’était pas un album de chevet comme pouvait l’être celui d’Interpol mais il donnait profondément envie de voir ce que cela pouvait donner dans l'avenir.

Deux ans plus tard : second album. Plus discret, plus difficile d'accès, plus électronique, plus répétitif, plus maladif aussi. Il était surtout plus punk, moins dans les décibels que dans l'intransigeance des menteurs. Ce They Were Wrong So We Drowned aux titres étranges agressait l’auditeur. C’était par excellence l’album anti-radio. Mais pour peu qu’on dépasse nos tendances à la facilité il y avait là quelque chose de dément, quelque chose d’insaisissable et de quasi mystique. Entre le rock jouissif et syncopé de They Don't Want Your Corn They Want Your Kids ou la conclusion (Flow My Tears the Spider Said) qui vagabondait entre une comptine de cirque et des chants d’oiseaux il y avait matière à expérimenter l’éternelle retour. Le tout était d’ailleurs inspiré par un voyage dans les montagnes du Harz (en Allemagne vous voyez j’y arrive).
Je continuais de les surveiller attentivement…

Et en 2006 le coup de foudre, le coup de maître survint. Et il venait de Berlin.

Comme le dit si bien Maxence Grugier, chez les Liars, il est surtout question de géolocalisation extrême et on peut peut-être penser que l’apport de la production allemande, celle des filiations à la Kosmiche Musik a permit aux Liars de trouver là l’équilibre parfait, la force magistrale d’offrir un putain d’album.
Autant le dire maintenant, il y a deux groupes de gens, ceux insensibles totalement à cet album, qui ne comprennent pas le possible engouement autour et ceux qui adhèrent complètement. Devinez dans quel groupe je me place…

Les premiers morceaux marquent le changement. La batterie est sèche mais limpide. La voix a quitté les profondeurs pour s’élever doucement, les paroles en sont d’autant plus reconnaissables. La musique, quant à elle, hypnose. Elle nous fait rentrer dans un tourbillon d’éther sous le rythme des cieux. A Visit From Drum est à ce titre là exemplaire. La voix circule pendant que la batterie se fait presque militaire. L’album se montre assez diversifié mais parfaitement homogène laissant place à toute la palette des Liars, Drum and the Uncomfortable Can étant le morceau le plus énergique, le plus « Post-Punk ». Quelque part on trouve ici toute une modernité du Rock. Dans le rock actuel, je conçois deux manières d’approcher une « modernité ». Il y a d’un côté les hybrides, les mutants. Ceux qui parasitent, qui conquièrent d’autres territoires comme LCD Soundsystem ou Battles. Et il y a ceux qui donnent l’impression d’être parfaitement présent, presque neuf ou intemporel -délicat à dire- tout en cultivant de très nombreuses filiations. Ce Drum’s Not Dead fait partie des ces disques touchés par cette grâce. Grâce qui se confirme dans le dernier morceau : The Other Side of Mt. Heart Attack. Celui-ci pourrait très bien être diffusés sur toutes les Radios (c’est-à-dire seulement Nova en France…). Délicat, touchant, on a là une sorte de pop-song parfaite, une ballade superbe qui transfigure totalement la manière dont on pouvait percevoir les Liars. C’est la plus belle des conclusions pour ce que certains -peut-être le groupe ? je n’en sais rien- ont appelés de ce terme détestable qu’est« concept album ». Dans tous les cas, et à la différence de ces majestueux aînés, cet album s’écoute non stop, et cela fait bien deux ans que je l’absorbe régulièrement…


Pour leur dernier album, il y a quelque chose qui me surprend. Je n’ai pas forcément lu de nombreux articles dessus mais il y a une comparaison que je n’ai jamais croisée, même dans le très bon papier de Maxence Grugier que j’ai déjà cité. C’est le parallèle -peut-être trop facile ? Dans ce cas j’y sombre- entre The Other Side of Mt. Heart Attack et le premier morceau de ce nouveau disque : Plaster Casts of Everything. Dans le dernier morceau de Drum’s Not Dead ces paroles étaient répétées et répétées :

I won’t run far.
I can always be found.
If you need me,
I can always be found.
If you want me to stay, I will stay by your side.

Comme je l’ai dit, on avait là une sorte de pop-song mélancolique parfaite. Le dernier album, sobrement intitulé Liars, s’annonce plus virulent, plus rock. Et justement, le premier morceau est sinistre et sauvage. J’ai presque envie de le qualifier de Lynchien dans ce qu’il dégage. Etant toujours Berlinois, il rappelle qu’on est dans la ville des Beautiful Freaks mais aussi dans le pays de la musique indus, dans le pays d’adoption du Punk et de toutes les tendances du Métal (dont les pires..). Ce morceau est donc aux antipodes de The Other Side. Et ses paroles justement…

I wanna run away
I wanna bring you too

I wanna run away
I wanna bring you too




On passe ainsi d’une fuite, d’un renoncement sentimental même si ce n’est pas un abandon à un déplacement volontaire dans lequel on veut entraîner autrui. On passe de l’éther au magma. Tout devient ainsi furieux et le décrochage à 2m40 est tout bonnement génial, on a envie de se laisser emporter par ces slaves d’énergie pure… Je ne préfère même pas imaginer en concert… Surtout quand le morceau qui suit, Houseclouds, est groovy à souhait. Liars se montre ici, plus libéré avec un plaisir de jouer simplement, de produire des morceaux sans forcément chercher plus loin. Cela donne naissance à de très bonnes chansons comme Cycle Time et l’album se construit ainsi autour d’un mélange de psychédélisme (Pure Unevil) de Ballades étranges et de morceaux crées par des enfants démoniaques adeptes du combo guitare/batterie.

Bien entendu à la première écoute, j’ai été déçu. Après Drum’s not dead, je n’aurai pas pu être satisfait de toute façon. Mais Liars continue son chemin, continue de se réinventer autour de ses fondamentaux. Quant à moi, je continue d’avoir hâte.

On verra bien ce que donnera le cinquième album de ces Californiens/New-Yorkais/Berlinois.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Ouai, "Drum's Not Dead" tourne encore pas mal chez moi. La claque aussi à cette époque alors que je ne connaissais même pas le groupe (j'ai pas lu le reste de l'article, j'en ai un à terminer aussi :p).

Ma carte interactive (en travaux)