24 févr. 2009

Rapport

Pour la ville de Montreuil, je rédige parfois des rapports. Voilà le dernier.

Rapport Janvier Février.


A Berlin l'hiver il fait froid. D'autant plus cette année. Mais peut-être proportionnellement moins qu'en région parisienne durant cette même période. Dans tous les cas il y a eut beaucoup de neige. Je ne peux pas m'en plaindre, Richard -Sorge Str. couverte de neige au réveil c'est du plus bel effet. Berlin dévoile ses différentes facettes au fur et à mesure des saisons. Moins de vélos, plus de vêtements, les rues sont froides et belles. Les S-Bahn et les U-bahn luttent parfois pour rouler mais à l'intérieur on est heureux d'avoir un bouton pour fermer les portes et profiter de la chaleur du train. Quelque part, j'ai un peu hiberné, au début du mois j'ai évité de trop sortir, j'allais en cours d'allemand, en cours de philosophie et je rentrais chez moi. Je me préparais une soupe maison et je dormais. On a connu des rythmes plus effrénés mais parfois vivre « simplement » c'est vivre bien et il ne faut pas plus. Mais le mois de janvier 2009 est aussi un mois qui accélère tout. Fin du premier semestre, fin des cours d'allemand, espoirs (déçus) de retrouver internet chez moi, visite d'amis, il a fallu faire beaucoup de choses et vite. Rapidement j'ai repris du poil de la bête. Je commence à conquérir la ville. On me demande souvent mon chemin en allemand et je réponds, et je sais, et j'indique. Berlin en deviendrait autant chez moi que Paris, que Montreuil, que le quartier Latin. Sentiment étrange.


Je réalise qu'on me parle en allemand et que je comprends. Je réalise que je réponds. Le réalise-je vraiment? Je ne sais pas. Si on me demandait quelles langues je parle, j'aurai du mal à répondre. Je peux communiquer en anglais, je comprends un peu l'espagnol, mais l'allemand? Mon dieu, l'allemand? Il y a plus de six mois je ne pouvais guère aligner 5 phrases en allemand. Maintenant, je peux me faire comprendre. Sans brio, même difficilement, mais je peux me faire comprendre. Etrange, étrange, finalement je ne m'y suis pas encore fait, c'est une expérience nouvelle, riche, j'ai hâte de parler mieux.


En janvier, je suis pas mal sorti, le week-end seulement mais tout de même. Cinéma, parfois seulement en allemand, concerts (un de Métal, un autre d'Animal Collective) et trois soirées dans un festival électronique. Berlin c'est avant tout une vie de nuit, die nachtleben en autochtone. La journée, on récupère, on fait les courses, on se promène, on discute, on va en cours. Les cours. Parlons-en. J'ai assimilé le bon fonctionnement d'un semestre allemand mais j'aurai probablement du mal à valider tous les crédits ce semestre. J'ai été présent à presque tous mes cours, j'ai globalement suivi et essayé de travaillé mais comme je l'avais prévus, la découverte de la ville, l'apprentissage de l'allemand, la tenue de mes blogs et les cours de philosophie font un emploi du temps parfois difficile à tenir. Néanmoins rien n'est joué, pour valider le semestre il faut que j'écrive plusieurs articles avant la fin de mars, c'est en cours on verra. De toute manière le système rendant les étudiants plus autonomes je peux valider plus au second semestre.

Pour ce qui est des cours d'allemand, j'ai eu les 10 crédits ECTS que cela offre au premier semestre. Cela montre mon nombre de crédit à 17 avec les cours de septembre. Mon université ne validera probablement pas tous les crédits (cela fait plus de la moitié des crédits nécessaires pour valider un semestre), mais c'est toujours mieux d'avoir plus de crédits que pas assez. La fin des cours d'allemand, il y a maintenant deux semaines, le vendredi 13 mars, était un peu triste. Une étape qui se termine. Ma prof était probablement la meilleure professeur possible de langue que j'ai rencontré au cours de ma vie. Volontaire, à l'écoute, pédagogique, efficace, grâce à elle j'ai énormément progressé. 10 heures par semaine c'était un bon rythme. En mars, je vais refaire un stage intensif dans ce même centre. 4 heures par jour, 5 jour sur 7, 3 semaines. Niveau B1. Encore une chance de franchir un pallier.

Au second semestre je n'aurai plus que 6 heures d'allemand par semaine mais je n'aurai pas à payer. Du coup je m'offrirai peut-être des cours d'appoint. J'appréciais d'avoir 10 heures par semaine, c'était un bon rythme.


Depuis quelques jours, je suis en France, je profite de la pause entre les deux semestres pour travailler dans la bibliothèque de la Sorbonne (lieu où j'écris ces quelques lignes). Revoir les amis, ressentir la distance qui sépare mes deux vies, discuter des réformes et avoir Valérie Pécresse sur France Inter à 8h du matin qui insupporte. Bon baisers de Paris....


je n'ai pas fais tous les projets que j'aurai souhaité ce premier semestre. J'en avais probablement trop prévus, j'espère pouvoir les réaliser avec les beaux jours. Je ne cherche plus d'appartement, je commence à connaître Berlin et à parler allemand. Le meilleur est à venir.

5 févr. 2009

Des nouvelles du front ou Benjamin Button

N'ayant pas le courage de finir mon tour d'horizon de mes trois nuits au CTM09, je prends néanmoins le temps de partir dans quelques élucubrations.

Berlin est gris en ce moment. Mon état d'esprit l'est aussi un peu, je stresse pas mal pour la fin du semestre et l'inscription au second. Normalement il n'y a pas de gros problèmes et tout devrait bien se passer mais je fais proprement une allergie à l'administratif. Notre vie dépend de si peu de choses.
Dans le même temps, j'ai vu avant hier le film l'étrange histoire de Benjamin Button (pas du tout le même titre en allemand d'ailleurs). Beau film de David Fincher, touchant bien qu'un peu trop académique. L'histoire est en principe une banale histoire d'amour qui court de l'enfance au décès. La seule spécificité du film est que Benjamin Button (Brad Pitt) est né vieux et rajeunit tout au long de sa vie, ce qui est forcément problématique dans son rapport aux autres et à sa propre identité. Adaptée d'une nouvelle de F. Scott Fitzgerald, l'idée manque de conséquences à bien des égards mais reste efficace dans le drame humain qu'elle noue. Le décalage qu'elle provoque ne cesse d'intriguer et de nous faire imager cette situation.

Cela me fait penser à En attendant l'année dernière de Philip K. Dick. Un de ses romans mineurs (oui, je reconnais qu'il y en a) mais l'un de ses plus pop et des plus efficaces où le temps part à l'envers. On attend par exemple les gens au cimetière où ils sortent des tombes et il faut déglutir pour "manger". Par contre le livre reste muet sur ce qu'il se passe dès lors quand on va aux toilettes...
L'idée rappelle aussi une des nouvelles du grand Hypérion de Dan Simmons. Dans celui-ci une jeune femme d'une vingtaine d'année est atteinte d'une sorte de malédiction (pour faire vite) et commence à régresser. Là où c'est conséquent, c'est qu'elle oublie à chaque fois le jour d'avant Elle a les souvenirs qu'elle avait quand elle avait à cet âge précis. A 20 ans elle croit être à l'université, à 17 ans au lycée, et elle s'étonne de voir ses parents si "vieux" etc... Un calvaire horrible pour ses proches et sa famille...
Pour revenir au film de Fincher il pêche parfois à cause de Brad Pitt (dans sa période "adulte", Benjamin Button a parfois des airs de poseur insupportable), à cause des scènes clichée et inutile (la conclusion) et plus généralement d'une période de "vie heureuse" qui est mal maîtrisé par le réalisateur. La volonté de rattacher cela à une réalité, l'ouragan Katrina et la dévastation de la Nouvelle Orléans, le tout chaperonné par une symbolique lourd-dingue (l'horloge) est assez pénible. Néanmoins le film s'en sort globalement bien et il mérite que vous alliez dans une salle obscure. Je l'ai vu à Cinesix à Postdamer Platz. Deux jours avant les Berlinales et avec une entrace au milieu. Ambiance particulière.

Entre mes états d'âme sur l'administratif et ce film j'ai utilisé l'expression "dans le même temps" car j'y vois une certaine connexion. L'un des principes dynamiques du film de Fincher est la capacité qu'à Benjamin Button de se récréer, de voyager et de repartir à zéro. Un classique du film américain, illustré il y a peu par Into the wild.
A l'heure du fichage, général où il faut absoluement éviter qu'il y ait des "trous" temporels dans son cv, quelle capacité a-t-on réellement pour se "recréer"? C'est le genre de thème qui court de l'échec scolaire (redoublé? le plus souvent une condamnation) au changement de vie total. L'alternativité n'est plus valorisée dans les modèles. En pratique si elle continue à l'être, elle devient de plus en plus difficile à mettre en pratique. On peut toujours savoir où vous êtes, et la seconde chance ressemble à un exil plutôt qu'une nouvelle vie.


J'ai consacré trop de lignes à ce film pour parler maintenant d'autres choses. On rajoute l'affiche du film et on pourrait presque croire à une chronique. Presque.

2 févr. 2009

CTM09 : Structures. 24 janvier


L’évènement Berlinois de ce début d’année n’était pas pour moi les Bernilales (même si j’irai probablement voir un film) ou le concert d’Animal Collective ou le retour de la neige ou autres. C’était le festival CTM09 : Club Transmediale 2009 dont le sous-titre est « Festival For Adventurous Music and Related Visual Arts ».

Tout commence au concert de Squarepusher. Je tombe sur une superbe revue format A4 en noir et jaune qui présente ce festival. Deux pages pour chaque soirée avec présentation des groupes et l’idée de leur réunion. Des noms me font tourner la tête : Pierre Henry, Leonard de Leonard, Jahcoozi, Joakim ou encore Mouse on Mars. Je deviens impatient.
Au début du mois je croise une affiche du festival. Premier constat, la charte graphique n’est pas la même, blanche, rose et noire, et puis ce ne sont pas les mêmes groupes annoncés. Je n’avais pas prêté attention que le livret que je possédait était celui de l'édition 2008. Sauf que, sauf que les groupes annoncés sont encore plus excitants avec une soirée du samedi 24 totalement démentielle.
Cela tombe parfaitement car Marie vient me rendre visite et je lui avais promis une véritable soirée « Berlinoise ».
Le festival s’étend sur 9 jours du 23 janvier au 31. Si j’étais en vacances je me serai probablement offert une carte accès total (65 €), mais ayant d’autres choses à faire je m’offre « qu’une » carte trois soirées (35€). La première étant logiquement celle du 24.

Dans le programme il y a The Emperor Machine, Black Devil Disco Club, Zombie Zombie, Lindstrøm, Prins Thomas, Elitechnique et quelques Djs Parisiens. Peut-être ces noms ne nous disent rien mais par exemple Lindstrøm et Prins Thomas c’est la crème de Djs actuellement, dans un genre de mutante disco langoureuse. Pour cette soirée très française (Black Devil Disco Club et Zombie Zombie l’étant aussi) cela s’annonçait énorme.

J’arrive à 23h tapante au Club, Maria am Ostbahnhof. Le club est vide mais comme je ne suis pas seul ce n’est un problème, c’est agréable de prendre son temps. Niveau décoration ils ont fait assez fort avec de multiples vidéos et par exemple ce tour d’horizon des 10 années du festival en relief.

Dans la seconde et malheureusement petite salle s’échine le duo de djs parisien Dirty Sound System. Malgré un bon mix, reprendre Mother Sky de Can je ne puis qu’apprécier, il n’y a encore personne et cela ne me transcende pas suffisamment. A minuit et demi, s’ouvre sur la grande scène le concert à proprement parler avec The Emperor Machine. C’est un projet solo du producteur Andy Meecham où il produit un son oldy et groovy avec des lignes de basses et de guitares souvent hypnotiques. Pour les concerts il s’entoure d’un véritable groupe, ce qui est toujours plus agréable en terme de « performance ». Je n’ai qu’un disque de ce projet, Aimee Tallulah Is Hypnotised, mais il est enthousiasmant surtout le morceau d’ouverture The Tv Extra Band. Cela tombe bien, ils attaquaient par celui-ci. Il n’y avait pas encore grand monde dans le club, et ce n’est pas spécialement une musique pour danser, mais cela bougeait bien. Andy Meecham était plus vieux que je pensais mais se lâchait totalement. L’unique défaut de The Emperor Machine c’est que cela s’essouffle assez vite. Au bout de quelques morceaux on a l’impression que cela se répète mais pour un live d’une heure ce n’était pas tellement dommageable.


Ensuite c’est au tour de Black Devil Disco Club. Black Devil Disco Club c’est une histoire parfaite pour les journalistes. C’est un duo français, qui en 1978 sort un Ep nommé Disco Club. Personne n’y prête vraiment attention et ils sombrent dans l’oubli. En 2004 il est réédité par le label Rephlex, le label de Richard D. James (monsieur Aphex Twin). A ce moment là tout le monde croit que c’et un canular. Ce n’est pas de 1978. Black Devil Disco n’existe pas. Certains affirment même que ce serait un side project de Richard D. James, cela sonne trop moderne, comment cela aurait pu disparaître ?

Bernard Fevre profite de ce succès inespéré pour sortir des limbes de l’histoire. Black Devil Disco Club existe bien et est de retour. Son premier « nouveau » disque s’intitulera d’ailleurs 28 After. On est 2006 et il fait bon de profiter du beau temps avec cette disco improbable, fluide, hypnotique et comique.
Cela résume bien son set. Le bonhomme offre une image du français qu’on aimerait plus souvent voir à l’étranger. Décontracté, on sent qu’il profite vraiment d’être là, tout sourire, tout en boutade. Il fait presque autant rire avec ses gestes des mains et sa manière de chanter qu’il donne envie de se bouger avec les imparables Coach Me, The Devil In Us ou On Just Foot. Même défaut cependant que The Emperor Machine, au-delà d’une demi heure on commence à cerner les limites d’une recette trop efficace pour être renouvelée.

Comme le groupe que j’attendais le plus était Zombie Zombie et qu’il était l’heure, on prend la tangente. On tombe sur Discodeine, encore un duo parisien. Ils ne m’ont vraiment pas convaincu. C’était de la bonne techno, minimale, épurée, mais cliché. C’était ce qu’on peut attendre d’une bonne « minimale » de nos jours, rien de plus. Ils tiraient en plus une tronche de déterrée qui faisait sérieusement regretter Bernard Fevre. On essaye de s’accrocher, un trop long moment, avant de retourner de l’autre côté. Là jouait Elitechnique. Je ne connaissais pas ce groupe et je n’ai pas vraiment eu le temps de me faire une idée mais cela sonnait plutôt bien, avec de plus une proposition live, instruments et synthétiseurs. Ils reprenaient Black Devil Disco Club…en français. La boucle était bouclée.

Enfin. Zombie Zombie. L’un de mes albums préférés de l’année dernière. Ce duo formé d’un membre d’Herman Düne (CosmicNeman) et d’un de The Married Monk (Etienne Jaumet) a, si mes souvenirs sont bons, commencés ce projet juste avec une envie de produire un son comme ils le souhaitaient, sans chercher plus loin. Je ne pense pas qu’ils s’attendaient à un tel résultat ni à un tel succès qui doit modifier leurs opinions vis-à-vis de ce projet. Il faut dire que Driving This Road Until Death Sets You Free morceau d’ouverture de l’album est monstrueux. Bande son parfaite d’un B movie, trainant, entêtant, diabolique. Tout l’album est de cet acabit, créant un univers particulier qui ne déplairait pas à George A. Romero. J’avais donc des espérances mais elles n’atteignaient de telles hauteurs. A l’heure où j’écris ces quelques lignes, plus d’une semaine après, je crois que je ne m’en suis toujours pas remis. Putain c’était bon. Ce qui était hypnotique sur le disque est devenu complètement frénétique. Fou. Même les morceaux que je ne trouvais pas spécialement bon prenaient ici une dimension épique. Il suffisait de voir ComicNeman, perdu dans son univers, perdu dans sa transe, se livrant totalement sur sa batterie, criant, étant partout à la fois en ne quittant que rarement son instrument, pour comprendre que là se jouait un truc. Je ne sais pas la salle, je ne sais pas les autres, mais moi j’étais dedans. J’étais à un mètre du Neman et je n’ai décroché du set, absolument perdu. J’ai même failli lui parler une fois terminée, je n’ai jamais ce genre d’envies. Mais il semblait hagard, épuisé, désorienté, je me suis abstenu.

Pour finir la nuit il y avait Pilooski sur la seconde salle qui avait fort à faire, car il devait concurrencer les énormes Lindstrøm et Prins Thomas qui s’offraient la grande salle. Le set de Lindstrøm s’ouvrait sur une version de son hommage au I Feel Love de Donna Summer : I Feel Space. Intelligence du mix, ruptures, retours, montées et décadence. Cela s’annonçait fort. Il était 5 heures du matin et j’étais sur les rotules. Après Zombie Zombie je voulais être dans mon lit et rêver.
Dommage, je n’aurai pas vu Prins Thomas. Cette belle nuit était terminée. Un classique döner Kebah post-partie (en plus son créateur vient de mourir) et retour au bercail.

La suite dans une seconde notule.

Ma carte interactive (en travaux)