Bon un article sur Der Baader Meinhof Complex c’était sympathique mais c’était un peu couru et j’aurai pu le faire de France.
Comme je viens de le dire dans la précédente notule, je profite actuellement de la Médiathèque du Sprachenzentrum : tu arrives, tu prends ton film, tu te poses et tu regardes…personne ne te demande rien, ne vérifie ta carte (quelle carte ?) ou quoi que ce soit…impossible à Paris...très agréable.
J’en profite donc pour améliorer mon allemand. Je prends un film teuton récent au hasard, je vérifie qu’il y a des sous-titres pour malentendants (sinon c’est un peu dur) et je m’y colle.
Je tombe donc de temps en temps sur des bonnes surprises. En voici deux.
Das Herz ist ein dunkler Wald
Mon premier pourrait se traduire par « Le Coeur est une étrange forêt obscure », enfin c’est Allocine qui le dit, personnellement j’ai encore quelques difficultés à traduire ce genre de titre. L’avantage de prendre des films au hasard, c’est qu’on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Il y a donc le plaisir de la découverte, le plaisir du hasard. Ce film s’ouvre sur une femme dans sa famille, deux enfants un mari. On devine rapidement qu’elle fut artiste mais qu’elle a laissé tout tomber pour s’occuper de ses enfants et rester à la maison. Le style est très allemand, vous savez ce genre de naturalisme glacial. Pourtant quelque chose cloche. Une étrange impression de malaise, de malsain, qui est omniprésent. La femme, Marie, est trop contemplative, trop désincarnée dans ce qu’elle fait. Il y a aussi cette invitation à une fête où se produit son musicien de mari, qui dégage une drôle d’atmosphère. On dirait une invitation pour une fête à la Eyes Wide Shut…
le film s’amorce sur ce qui pourrait être un film social (elle découvre que son mari a une deuxième femme, une deuxième maison, un troisième enfant…) puis vire totalement dans un fantastique froid. La fête dans le château au bord d’un lac, entre musique classique et réinterprétation moderne. Un incendie. La forêt. Les hommes qui veulent coucher avec elle, son « mari » qui veut savoir si elle a laissé les enfants seuls. Elle déambule, elle se perd dans les couloirs et les salles du château comme une présence spectrale…
Le film n’est pas extraordinaire ou inoubliable mais il est louable dans ses intentions car il construit bel et bien quelque chose. Un quelque chose de terrible qui plane sur la vie de Marie. Avec son excellente bande-son et ce regard il est suffisamment bon pour qu’on regrette qu’il n’ait pas été diffusé en France. Dommage, dommage. J’ai découvert cette information après l'avoir vu ainsi que c’était une relecture moderne du Médée d'Euripide. Si vous comptez le voir un jour, ne prenez pas la peine d'aller revoir l’histoire de Médée si vous l’avez oublié, car cela gâche un peu le film.
Je ne sais pas trop que penser des « relectures contemporaines » de ce genre de classique. Est-ce qu’il y a quelque chose qui cloche dans cette démarche ou est-ce au contraire intéressant ? Je ne sais, il faudrait que je me penche sur la question mais indépendamment de son lien avec le Médée d’Euripide ce film méritait d'être vu et méritait que je lui consacre ces quelques lignes.
Am Ende kommen Touristen.
Mon second je pourrais le traduire…mais c’est inutile car tout le monde comprend. « A la fin des touristes viennent ». A la différence de mon premier il est bien sorti en France (il y avait le Logo de Cannes sur la jaquette) sous le titre « Et puis les touristes ».
Il s’agit d’un film assez court, 1h25, sur un jeune homme de Berlin qui va faire son service civil, une année, dans le mémorial d’Auschwitz. Forcément la boutade par quelques Polonais arrive vite lors d’un concert « L’armée allemande a envoyé quelqu’un à Auschwitz » et le film tourne doucement autour de ses prémisses.
La première question que je me suis posé en le voyant « Pourquoi Cannes ? » Car même s’il était présenté dans la catégorie « Un certain regard », il ne peut pas être un film Cannois. Un film Cannois c’est un film sur des pédophiles nains qui agressent des vieillards. A Cannes les journalistes veulent seulement la classique brochette, Woody Allen, Tarentino et invités, avec des films qui sentent le souffre. De cette manière ils pourront raconter dans leurs journaux respectifs que « tout le monde s’est emporté dans la salle, mais moi j’ai bien vu que Là -avec une majuscule- il y avait du Cinéma -rebelote-. »
Am Ende kommen Touristen peut être caractérisé a contrario par sa modestie. C’est un film humble, subtil, qui ne cherche pas à avancer une thèse, à dénoncer ou à résoudre, mais simplement à suivre un jeune homme dans cet endroit spécifique en captant ce dont peut composer son expérience. Il doit aider un vieil homme, Krzeminski, qui est un survivant du camp. Ce dernier n’a plus trop d’objectifs et se contente de ses habitudes tout en traitant le jeune allemand avec une pointe d’ironie et parfois de mépris. De plus Sven rencontre et tombe sous le charme une belle jeune interprète polonaise qui se retrouve à le loger. Rien de moins cannois ici. Pas de volonté d’y aller avec de grands sabots, juste une ambition minimale : celle de narrer son histoire.
J’aime ce film dans sa simplicité, dans cette grâce qui s’en dégage, dans cette manière de traiter les différents thèmes avec pudeur. Je survole quelques articles dessus et beaucoup le « surinterprètent ». Certes il y a l’ombre d’Auschwitz, la question de la mémoire et de la commémoration. Mais ils sont là où ils doivent être, des ombres importantes pendant que des gens vivent, car oui, on vit à Oswiecim.
Comme je viens de le dire dans la précédente notule, je profite actuellement de la Médiathèque du Sprachenzentrum : tu arrives, tu prends ton film, tu te poses et tu regardes…personne ne te demande rien, ne vérifie ta carte (quelle carte ?) ou quoi que ce soit…impossible à Paris...très agréable.
J’en profite donc pour améliorer mon allemand. Je prends un film teuton récent au hasard, je vérifie qu’il y a des sous-titres pour malentendants (sinon c’est un peu dur) et je m’y colle.
Je tombe donc de temps en temps sur des bonnes surprises. En voici deux.
Das Herz ist ein dunkler Wald
Mon premier pourrait se traduire par « Le Coeur est une étrange forêt obscure », enfin c’est Allocine qui le dit, personnellement j’ai encore quelques difficultés à traduire ce genre de titre. L’avantage de prendre des films au hasard, c’est qu’on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Il y a donc le plaisir de la découverte, le plaisir du hasard. Ce film s’ouvre sur une femme dans sa famille, deux enfants un mari. On devine rapidement qu’elle fut artiste mais qu’elle a laissé tout tomber pour s’occuper de ses enfants et rester à la maison. Le style est très allemand, vous savez ce genre de naturalisme glacial. Pourtant quelque chose cloche. Une étrange impression de malaise, de malsain, qui est omniprésent. La femme, Marie, est trop contemplative, trop désincarnée dans ce qu’elle fait. Il y a aussi cette invitation à une fête où se produit son musicien de mari, qui dégage une drôle d’atmosphère. On dirait une invitation pour une fête à la Eyes Wide Shut…le film s’amorce sur ce qui pourrait être un film social (elle découvre que son mari a une deuxième femme, une deuxième maison, un troisième enfant…) puis vire totalement dans un fantastique froid. La fête dans le château au bord d’un lac, entre musique classique et réinterprétation moderne. Un incendie. La forêt. Les hommes qui veulent coucher avec elle, son « mari » qui veut savoir si elle a laissé les enfants seuls. Elle déambule, elle se perd dans les couloirs et les salles du château comme une présence spectrale…
Le film n’est pas extraordinaire ou inoubliable mais il est louable dans ses intentions car il construit bel et bien quelque chose. Un quelque chose de terrible qui plane sur la vie de Marie. Avec son excellente bande-son et ce regard il est suffisamment bon pour qu’on regrette qu’il n’ait pas été diffusé en France. Dommage, dommage. J’ai découvert cette information après l'avoir vu ainsi que c’était une relecture moderne du Médée d'Euripide. Si vous comptez le voir un jour, ne prenez pas la peine d'aller revoir l’histoire de Médée si vous l’avez oublié, car cela gâche un peu le film.
Je ne sais pas trop que penser des « relectures contemporaines » de ce genre de classique. Est-ce qu’il y a quelque chose qui cloche dans cette démarche ou est-ce au contraire intéressant ? Je ne sais, il faudrait que je me penche sur la question mais indépendamment de son lien avec le Médée d’Euripide ce film méritait d'être vu et méritait que je lui consacre ces quelques lignes.
Am Ende kommen Touristen.
Mon second je pourrais le traduire…mais c’est inutile car tout le monde comprend. « A la fin des touristes viennent ». A la différence de mon premier il est bien sorti en France (il y avait le Logo de Cannes sur la jaquette) sous le titre « Et puis les touristes ».Il s’agit d’un film assez court, 1h25, sur un jeune homme de Berlin qui va faire son service civil, une année, dans le mémorial d’Auschwitz. Forcément la boutade par quelques Polonais arrive vite lors d’un concert « L’armée allemande a envoyé quelqu’un à Auschwitz » et le film tourne doucement autour de ses prémisses.
La première question que je me suis posé en le voyant « Pourquoi Cannes ? » Car même s’il était présenté dans la catégorie « Un certain regard », il ne peut pas être un film Cannois. Un film Cannois c’est un film sur des pédophiles nains qui agressent des vieillards. A Cannes les journalistes veulent seulement la classique brochette, Woody Allen, Tarentino et invités, avec des films qui sentent le souffre. De cette manière ils pourront raconter dans leurs journaux respectifs que « tout le monde s’est emporté dans la salle, mais moi j’ai bien vu que Là -avec une majuscule- il y avait du Cinéma -rebelote-. »
Am Ende kommen Touristen peut être caractérisé a contrario par sa modestie. C’est un film humble, subtil, qui ne cherche pas à avancer une thèse, à dénoncer ou à résoudre, mais simplement à suivre un jeune homme dans cet endroit spécifique en captant ce dont peut composer son expérience. Il doit aider un vieil homme, Krzeminski, qui est un survivant du camp. Ce dernier n’a plus trop d’objectifs et se contente de ses habitudes tout en traitant le jeune allemand avec une pointe d’ironie et parfois de mépris. De plus Sven rencontre et tombe sous le charme une belle jeune interprète polonaise qui se retrouve à le loger. Rien de moins cannois ici. Pas de volonté d’y aller avec de grands sabots, juste une ambition minimale : celle de narrer son histoire.
J’aime ce film dans sa simplicité, dans cette grâce qui s’en dégage, dans cette manière de traiter les différents thèmes avec pudeur. Je survole quelques articles dessus et beaucoup le « surinterprètent ». Certes il y a l’ombre d’Auschwitz, la question de la mémoire et de la commémoration. Mais ils sont là où ils doivent être, des ombres importantes pendant que des gens vivent, car oui, on vit à Oswiecim.

