5 févr. 2009

Des nouvelles du front ou Benjamin Button

N'ayant pas le courage de finir mon tour d'horizon de mes trois nuits au CTM09, je prends néanmoins le temps de partir dans quelques élucubrations.

Berlin est gris en ce moment. Mon état d'esprit l'est aussi un peu, je stresse pas mal pour la fin du semestre et l'inscription au second. Normalement il n'y a pas de gros problèmes et tout devrait bien se passer mais je fais proprement une allergie à l'administratif. Notre vie dépend de si peu de choses.
Dans le même temps, j'ai vu avant hier le film l'étrange histoire de Benjamin Button (pas du tout le même titre en allemand d'ailleurs). Beau film de David Fincher, touchant bien qu'un peu trop académique. L'histoire est en principe une banale histoire d'amour qui court de l'enfance au décès. La seule spécificité du film est que Benjamin Button (Brad Pitt) est né vieux et rajeunit tout au long de sa vie, ce qui est forcément problématique dans son rapport aux autres et à sa propre identité. Adaptée d'une nouvelle de F. Scott Fitzgerald, l'idée manque de conséquences à bien des égards mais reste efficace dans le drame humain qu'elle noue. Le décalage qu'elle provoque ne cesse d'intriguer et de nous faire imager cette situation.

Cela me fait penser à En attendant l'année dernière de Philip K. Dick. Un de ses romans mineurs (oui, je reconnais qu'il y en a) mais l'un de ses plus pop et des plus efficaces où le temps part à l'envers. On attend par exemple les gens au cimetière où ils sortent des tombes et il faut déglutir pour "manger". Par contre le livre reste muet sur ce qu'il se passe dès lors quand on va aux toilettes...
L'idée rappelle aussi une des nouvelles du grand Hypérion de Dan Simmons. Dans celui-ci une jeune femme d'une vingtaine d'année est atteinte d'une sorte de malédiction (pour faire vite) et commence à régresser. Là où c'est conséquent, c'est qu'elle oublie à chaque fois le jour d'avant Elle a les souvenirs qu'elle avait quand elle avait à cet âge précis. A 20 ans elle croit être à l'université, à 17 ans au lycée, et elle s'étonne de voir ses parents si "vieux" etc... Un calvaire horrible pour ses proches et sa famille...
Pour revenir au film de Fincher il pêche parfois à cause de Brad Pitt (dans sa période "adulte", Benjamin Button a parfois des airs de poseur insupportable), à cause des scènes clichée et inutile (la conclusion) et plus généralement d'une période de "vie heureuse" qui est mal maîtrisé par le réalisateur. La volonté de rattacher cela à une réalité, l'ouragan Katrina et la dévastation de la Nouvelle Orléans, le tout chaperonné par une symbolique lourd-dingue (l'horloge) est assez pénible. Néanmoins le film s'en sort globalement bien et il mérite que vous alliez dans une salle obscure. Je l'ai vu à Cinesix à Postdamer Platz. Deux jours avant les Berlinales et avec une entrace au milieu. Ambiance particulière.

Entre mes états d'âme sur l'administratif et ce film j'ai utilisé l'expression "dans le même temps" car j'y vois une certaine connexion. L'un des principes dynamiques du film de Fincher est la capacité qu'à Benjamin Button de se récréer, de voyager et de repartir à zéro. Un classique du film américain, illustré il y a peu par Into the wild.
A l'heure du fichage, général où il faut absoluement éviter qu'il y ait des "trous" temporels dans son cv, quelle capacité a-t-on réellement pour se "recréer"? C'est le genre de thème qui court de l'échec scolaire (redoublé? le plus souvent une condamnation) au changement de vie total. L'alternativité n'est plus valorisée dans les modèles. En pratique si elle continue à l'être, elle devient de plus en plus difficile à mettre en pratique. On peut toujours savoir où vous êtes, et la seconde chance ressemble à un exil plutôt qu'une nouvelle vie.


J'ai consacré trop de lignes à ce film pour parler maintenant d'autres choses. On rajoute l'affiche du film et on pourrait presque croire à une chronique. Presque.

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