Culturellement ces derniers temps je me suis surtout concentré sur la musique. Je peux peut-être changer un peu de registre... D'ailleurs j'ai vu un film allemand il n'y a pas si longtemps qui est aussi sorti de votre côté du Rhin, belle occasion que voilà.
Film historique donc, Der Baader Meinhof Complex s'intéresse à l'histoire de la RAF, Fraction Armée Rouge, qui a commit quelques assassinats et quelques actes terroristes durant les années 70. Moment important d'une Allemagne de l'ouest qui se reconstruisait à partir de 68 et qui finalement se préparait en douceur à regarder vers l’avenir... J'ai déjà mentionné cette relation spéciale qu'entretenait le Krautrock avec l'après 68. Andreas Baader, Ulrike Meinhof et les autres membres de la RAF entretenaient de la même façon une relation complexe avec 1968. Pour certains d'entre eux cela fut la prise de conscience de leur capacité politique, de leur refus de la société, pour d'autres juste une confirmation de la justesse de leur combat. L'apaisement qui suivit les dures répressions de ces événements a été vécu comme une trahison à "la lutte". Se retrouvant en minorité, même à gauche, ils décidèrent d'entrer dans l'action armée, dans la clandestinité. La RAF naissait et elle allait devenir l'effigie de tout ce que contre quoi luttait la RFA. Même si leurs actes furent violents, la répression et l'acharnement sur ses membres furent presque disproportionnés.
Sujet brûlant donc, car assez récent, remettant en cause autant une gauche problématique de l'époque (concevoir qu'un groupe isolé d'un individu a les moyens de fissurer un état moderne et durablement installé...Se dire du peuple tout en s’en coupant pour les besoins de l’illégalité), avec une réaction gouvernementale qui flirte sérieusement avec le criminel, avec toute la conception de la réaction "hors système" Guantamo et le Patriot Act ne sont pas bien loin, ainsi que toute la réflexion du vingtième siècle sur le terrorisme et les moyens dont dispose l'Etat.
Je connaissais déjà la question puisque j'ai lu un livre produit à partir d'une thèse d'histoire sur la ce groupe terroriste. Du point des vues des faits, cette adaptation d'un roman, pour ce que j'en sais, est globalement correcte. Ce ne sera pas suffisant pour des néophytes, de nombreux événements importants sont survolés et ne jouent qu'un rôle symbolique, qu'un insert à l'histoire, mais on peut estimer que le film remplit son cahier des charges.
C'est bien la seule chose dont on peut le créditer. Car d'un point de vue du "cinéma", il y a comme qui dirait un problème. Je n'ai pas de définition restrictive du cinéma, je ne suis pas du genre à me lever, taper du poing sur la table en décriant "ceci n'est pas un film". Du coup je ne sors que très rarement d'une salle de cinéma pendant une projection (cela a du arriver deux fois sur les 400 derniers films...) au péril de m'imposer des horreurs (et il y en a eu...). Pourtant devant ce Der Baader Meinhof Complex j'ai le même genre de difficultés qu'en face d'un Sin City. Je ne vois pas en quoi le film apporte quoi que ce soit comparé au support d'origine, la bande dessinée dans le cas de Sin City. Le livre que j'ai lu contenait tout ce film et bien plus. Il n'y a pas de "valeur ajouté" ici. A la vérité il n'y a pas grand chose, pas d'atmosphère, pas de personnages (on est indifférent au devenir de tous), pas d’engagements de la part du réalisateur, pas de thèses, pas de critiques sociales, pas d'enjeux esthétiques. Toutes les questions autour de l'extrémisme, du terrorisme, de l'oppression d'état, des moyens de s'exprimer et de croire en un monde meilleur, sont laissés sur l'autel de la lâcheté. Car oui, ce film sans idées est d'une profonde lâcheté. Il veut plaire à tout le monde dans un conformisme quasi Hollywoodien alors que son thème ne s'y prête pas. Comme pour V pour Vendetta (Quel horreur ce fut...) il y a une incompréhension entre un fond virulent, qui interloque et qui est palpitant dans ses contradictions et une forme qui a la sinistrose. Ce film n'ose strictement rien. Un bon reportage aurait été infiniment plus expressif et aurait pu ouvrir d'autres perspectives.
Certes il ne fallait pas forcément s’attendre à quelque chose d’incroyable, c'est le film gros budget avec la "dream team" allemande, tous les gens déjà présents dans La Chute. Cependant il y avait matière à espérer, La Chute laissait une impression d'inachevée qui restait globalement positive. On aurait pu espérer que ce film se concentre sur son intéressant huit-clos tout en paranoïa plutôt que de tenter de maladroites et d'inutiles sorties à l'extérieur du bunker. Cependant il y avait ce corps, celui d'Hitler, et cet espace, le bunker, dans lesquels quelque chose pouvait se jouer, s'incarner. On ne retrouve rien de semblable sur la « Bande à Baader » qui permette de supporter ces presque 2 heures 30 d'aléas qui ne semble plus nous concerner.
C'est bien le film international Allemand d'une Allemagne polie et civilisée dans tout ce qu'elle a d'énervant avec ce vernis historique sur ce qu'elle est devenue. On pourrait presque le mettre en parallèle avec notre Bienvenue chez les Ch'tis, véhicule du "Vive la France terroir". Sauf que là où Bienvenue chez les Ch'tis fut une surprise incompréhensible (enfin pour moi) ce Der Baader Meinhof Complex est un objet froid visant simplement à servir de carte de visite pour le public international. Dans les deux cas cela n'est heureusement pas représentatif de la production cinématographique des pays respectifs.
A oublier vite.
Film historique donc, Der Baader Meinhof Complex s'intéresse à l'histoire de la RAF, Fraction Armée Rouge, qui a commit quelques assassinats et quelques actes terroristes durant les années 70. Moment important d'une Allemagne de l'ouest qui se reconstruisait à partir de 68 et qui finalement se préparait en douceur à regarder vers l’avenir... J'ai déjà mentionné cette relation spéciale qu'entretenait le Krautrock avec l'après 68. Andreas Baader, Ulrike Meinhof et les autres membres de la RAF entretenaient de la même façon une relation complexe avec 1968. Pour certains d'entre eux cela fut la prise de conscience de leur capacité politique, de leur refus de la société, pour d'autres juste une confirmation de la justesse de leur combat. L'apaisement qui suivit les dures répressions de ces événements a été vécu comme une trahison à "la lutte". Se retrouvant en minorité, même à gauche, ils décidèrent d'entrer dans l'action armée, dans la clandestinité. La RAF naissait et elle allait devenir l'effigie de tout ce que contre quoi luttait la RFA. Même si leurs actes furent violents, la répression et l'acharnement sur ses membres furent presque disproportionnés.Sujet brûlant donc, car assez récent, remettant en cause autant une gauche problématique de l'époque (concevoir qu'un groupe isolé d'un individu a les moyens de fissurer un état moderne et durablement installé...Se dire du peuple tout en s’en coupant pour les besoins de l’illégalité), avec une réaction gouvernementale qui flirte sérieusement avec le criminel, avec toute la conception de la réaction "hors système" Guantamo et le Patriot Act ne sont pas bien loin, ainsi que toute la réflexion du vingtième siècle sur le terrorisme et les moyens dont dispose l'Etat.
Je connaissais déjà la question puisque j'ai lu un livre produit à partir d'une thèse d'histoire sur la ce groupe terroriste. Du point des vues des faits, cette adaptation d'un roman, pour ce que j'en sais, est globalement correcte. Ce ne sera pas suffisant pour des néophytes, de nombreux événements importants sont survolés et ne jouent qu'un rôle symbolique, qu'un insert à l'histoire, mais on peut estimer que le film remplit son cahier des charges.
C'est bien la seule chose dont on peut le créditer. Car d'un point de vue du "cinéma", il y a comme qui dirait un problème. Je n'ai pas de définition restrictive du cinéma, je ne suis pas du genre à me lever, taper du poing sur la table en décriant "ceci n'est pas un film". Du coup je ne sors que très rarement d'une salle de cinéma pendant une projection (cela a du arriver deux fois sur les 400 derniers films...) au péril de m'imposer des horreurs (et il y en a eu...). Pourtant devant ce Der Baader Meinhof Complex j'ai le même genre de difficultés qu'en face d'un Sin City. Je ne vois pas en quoi le film apporte quoi que ce soit comparé au support d'origine, la bande dessinée dans le cas de Sin City. Le livre que j'ai lu contenait tout ce film et bien plus. Il n'y a pas de "valeur ajouté" ici. A la vérité il n'y a pas grand chose, pas d'atmosphère, pas de personnages (on est indifférent au devenir de tous), pas d’engagements de la part du réalisateur, pas de thèses, pas de critiques sociales, pas d'enjeux esthétiques. Toutes les questions autour de l'extrémisme, du terrorisme, de l'oppression d'état, des moyens de s'exprimer et de croire en un monde meilleur, sont laissés sur l'autel de la lâcheté. Car oui, ce film sans idées est d'une profonde lâcheté. Il veut plaire à tout le monde dans un conformisme quasi Hollywoodien alors que son thème ne s'y prête pas. Comme pour V pour Vendetta (Quel horreur ce fut...) il y a une incompréhension entre un fond virulent, qui interloque et qui est palpitant dans ses contradictions et une forme qui a la sinistrose. Ce film n'ose strictement rien. Un bon reportage aurait été infiniment plus expressif et aurait pu ouvrir d'autres perspectives.
Certes il ne fallait pas forcément s’attendre à quelque chose d’incroyable, c'est le film gros budget avec la "dream team" allemande, tous les gens déjà présents dans La Chute. Cependant il y avait matière à espérer, La Chute laissait une impression d'inachevée qui restait globalement positive. On aurait pu espérer que ce film se concentre sur son intéressant huit-clos tout en paranoïa plutôt que de tenter de maladroites et d'inutiles sorties à l'extérieur du bunker. Cependant il y avait ce corps, celui d'Hitler, et cet espace, le bunker, dans lesquels quelque chose pouvait se jouer, s'incarner. On ne retrouve rien de semblable sur la « Bande à Baader » qui permette de supporter ces presque 2 heures 30 d'aléas qui ne semble plus nous concerner.
C'est bien le film international Allemand d'une Allemagne polie et civilisée dans tout ce qu'elle a d'énervant avec ce vernis historique sur ce qu'elle est devenue. On pourrait presque le mettre en parallèle avec notre Bienvenue chez les Ch'tis, véhicule du "Vive la France terroir". Sauf que là où Bienvenue chez les Ch'tis fut une surprise incompréhensible (enfin pour moi) ce Der Baader Meinhof Complex est un objet froid visant simplement à servir de carte de visite pour le public international. Dans les deux cas cela n'est heureusement pas représentatif de la production cinématographique des pays respectifs.
A oublier vite.
