29 janv. 2009

Animal Collective à Postbahnhof

Je l'ai déjà dit dans ce blog, je les ai manqué il y a quelques mois. Pour la promotion de leur nouveau album, Merriweather Post Pavilion, que j'ai chroniqué sur Substance M., ils étaient de retour. De retour tout d'abord en France, au Bataclan le 16 janvier puis à Berlin le 18 à Postbahnhof (souvenez-vous, le Fritz Club). Je n'apprécie que modérément ce lieu mais il affiche plusieurs qualités si on le compare au Bataclan. Le prix du billet est moins chère, on n'attend pas une heure au vestiaire (Garderobe en Allemand) et c'est à 20 min à pieds de chez moi. Pratique de vivre à Friedrischain.

J'étais excité comme une puce depuis plusieurs semaines. Je pensais y aller avec quelqu'un mais finalement je me suis retrouvé seul. Je n'ai guère l'habitude d'aller seul ailleurs qu'au cinéma pourtant ce ne fut pas déplaisant. En étant seul je peux aller à mon rythme, je peux profité comme je l'entends du spectacle et je n'ai pas l'obligation de communiquer avec autrui si je veux seulement jouir de ce que j'entends ou ai entendu. Cependant c'est aussi dommage de n'avoir personne avec qui partager ce genre de moments, parfois quand c'est vraiment génial (ce n'était pas le cas là), on a envie d'avoir un ami, une connaissance, quelqu'un, qu'on peut pendre à témoin pour être certain que c'est vrai, qu'on ne rêve pas et que d'autres vivent la même expérience que nous. Pour Animal Collective cela tombait bien, je connaissais de nombreuses personnes sur le net qui allaient les voir au Bataclan, à commencer par mon comparse de Substance M, Dominique. Du coup je profitais d'être seul en m'épargner le plus gros problème de cette condition.

Après avoir un peu attendu pour entrer dans la salle, mettre acheter une bière, j'ai pu profiter de l'ambiance et observer les gens. Le premier constat, que je ne cesse de me faire, c'est que les gens parlent toujours en anglais, en français, en espagnol, en italien. Berlin continue à m'impressionner de ce côté là. Si Paris a certainement plus d'étrangers, elle a surtout plus de touristes. J'ai souvent le sentiment qu'à Berlin ce sont des gens qui y vivent... Avec un examen complet je me rendrais compte que c'est probablement erroné mais cette idée ne me quitte pas.

Le concert débuta avec un chanteur folk, aidé de sa guitare et d'effets produits par ordinateur. S'il abuse des "iihhhhhhhhh" avec sa forte voix, ce qui lui confère par moment un effet très comique, il proposait néanmoins des chansons agréables voir intrigantes. Highlife, de son nom de scène, était d'autant plus courageux que peu de gens faisaient cas de lui, un imbécile allant même jusqu'à crier "Animal Collective" d'impatience. Son set était pourtant assez court, ce qui allait très bien pour une mise en bouche.

Et puis, et puis, Animal Collective arriva. Je ne vais pas vous écrire une Review complète du concert. Globalement j'ai apprécié mais je n'ai pas été non plus transcendé. On aurait pu s'attendre à plus de folie, de psychédélisme de la part des Animaux. Ils se sont globalement contentés de présenter leur dernier album en y incorporant quelques anciens morceaux bien sentis. Le concert commençait avec le premier morceau de Merriweather Post Pavilion, In the Flowers, avant d'enchainer sur une version moyennement inspirée de la chanson par laquelle je les avais découvert: Leaf House. Ensuite My Girls puis ils déroulèrent. C'était carré, fort, bien pensé, mais pas spécialement hypnotique. Autant le dire, ce sont les impressions que j'ai maintenant, sur le coup je n'ai pas boudé mon plaisir et je me suis laissé totalement entraîné. Je faisais même un peu "tache" avec un public que je trouvais relativement passif. L'heure et demi que cela a duré est passée d'une traite. La fin du set était Brother Sport. Cette chanson me passionne et je me lâchais complètement dessus pour finir hagard, épuisé. En rappel ils ont livrés une superbe version de Banshee Beat (extrait de l'album Feels) avec de conclure par Lion in the Coma.

Ce mois-ci j'ai l'impression de ne rien faire à Berlin, d'être devenu casanier et fatigué de tout. Ce concert m'a fait du bien même s'il n'était pas l'événement escompté. De plus il a été un peu éclipse par l'annonce du programme d'un festival qui transformait Animal Collective en un simple apéritif....

27 janv. 2009

Die Klasse.

L'autre soir j'avais prévu de passer la soirée avec un ami italien, Pellegrino. Voulant profiter de ma journée du samedi je ne souhaitais pas sortir trop tard, donc il ne fallait pas aller dans un club par exemple. Je n'avais pas vraiment d'idées, c'était la fin de semaine. Mon ami a choisi le programme pour nous. Un cinéma, un film: Die Klasse. Film sur une classe "difficile" d'un collège...à Paris. Et oui, Entre les murs est sorti, il y a maintenant plus d'une semaine, en Allemagne. Le film n'était pas en version original, cela me promettait ainsi un dépaysement.
De ce côté là je n'ai pas été déçu. Presque l'intégralité du film est composé de dialogues. Dialogues entre le prof et les élèves, dialogues entres les profs et quelques fois, plus rarement, dialogues avec les parents. Le décalage produit entre une situation que je connais bien, un environnement qui est/fut le mien, et l'allemand employé par ces français provoqua un mélange aussi détonnant qu'intriguant. Comme les enfants n'emploient pas un vocabulaire excessivement compliqué j'ai réussi à comprendre presque l'intégralité du film sans grands problèmes. J'ai même pu me demander ce que cela rendait pour les allemands, car parfois la traduction était difficile à fournir, sachant que le prof parlait de spécificités intrinsèque à la langue française.

Ce retour à Paris, et au professorat que ce soit mon potentiel ou celui de mes amis, avait quelque chose de singulier. J'ai pensé à tous ceux que je connais qui enseignent maintenant, j'ai pensé à mon propre collège et les années que j'y ai passé et puis donc j'ai pensé à mon avenir. Étrange comment parfois tout se bouscule et se rejoint en un moment particulier. Si je fais cette année Erasmus, c'est en partie pour savoir ce que je ferai l'année prochaine. Est-ce que je tenterai cette profession ou pas? Est-ce que je ne peux pas trouver une autre voie? Si oui, que devrais-je y sacrifier?

C'est drôle, en France entre les murs ne m'intéressait pas comme film. J'y voyais qu'un autre stigmate du cinéma français, en plus récompensé à Cannes. Ici c'est différent. Peut-être la langue et ma situation ont ouvert cette possibilité mais le film m'a intéressé. La volonté politique, sociologique, critique, sociale ou quoique ce soit que pouvait revendiquer le film était sans grand intérêt mais ce face-à-face entre le professeur et ses élèves et la volonté terre-à-terre de la réalisation créait quelque chose, instaurait un espace. C'est justement dommage que le film ne soit pas allé plus loin, découpant et délimitant des espaces autant psychologiques, géographiques, que cinématographiques. Il aurait fallu ne plus penser l'espace de l'école comme un bloc pur, mais essayer de le cerner, ce qui n'a pas été fait; hormis peut-être la dernière et belle scène, bien que facile, avec la classe vide.

Cela valait tout de même le déplacement, surtout que maintenant et étrangement c'est lié à Kreuzberg, à Berlin.

13 janv. 2009

les "WG"


J'ai réalisé que je n'ai pas fais mon coup de gueule sur les collocations à Berlin. Comme il vient d'arriver une crasse à une amie dans ce domaine là il est temps d'y revenir.

La collocation à Berlin c'est un phénomène d'importance. Il y a toujours des gens qui bougent, des gens qui arrivent, des gens qui partent. c'est même un art de vivre pour beaucoup. D'ailleurs je fais partie des gens qui aiment cela, qui le cultivent et qui n'envisagent pas de vivre autrement au moins avant d'avoir une famille. Quand j'ai cherché un appartement (via ce site par exemple) j'ai malheureusement vu un nombre incalculable de bêtises sans nom. Donc si jamais un jour vous cherchez une collocation je vais vous raconter tout ce qu'il ne faut pas faire.

Premièrement il faut être structuré et organisé. Il y a tellement de gens qui font cela juste avec leur spontanéité et leur joie de vivre. Par exemple certains organisent une fête pour choisir leur colocataire. Tout le monde peut venir et à la fin ils choisissent. Ce qu'ils n'ont pas compris c'est qu'ils choisissent quelqu'un pour vivre avec, pas juste pour faire des soirées. D'autant que cela pousse à une forme de Darwinisme sociale, genre Speed Dating d'embauche ou il faut éliminer les autres. Totalement malsain.

D'autres, des grandes âmes, donnent une chance à tous ceux qui veulent bien la prendre. Pour se faire ils emploient deux méthodes: La première est donc de recevoir, 1 à 1, tout le monde. Cela entraîne une perte de temps considérable pour les locataires "primaires" avec tout ce que cela peut aussi impliquer. Recevoir des inconnus pendant 3, 4 jours, leur dire toujours la même chose c'est épuisant. Rencontrer des gens doit être un moment convivial, si possible agréable, surtout quand on espère vivre avec l'un d'entre eux. Et puis si jamais on a rencontré le "bon", on en est sûre, quoi faire? Annuler 40 rendez-vous ou faire comme ci de rien n'était, ajoutant l'hypocrisie à la fatigue? Je suis arrivé au pied d'un immeuble, il n'y avait personne dans l'appartement, après coup de fil, j'apprends qu'ils en avaient fini pour aujourd'hui et qu'ils ne voulaient pas rencontrer plus de personnes. Encore heureux que ce n'était qu'à un quart d'heure de vélo.

L'autre méthode est de recevoir en "groupe", c'est-à-dire 4, 5, 6 personnes à la fois. J'ai visité un appartement près de Eberswalder Str. où les gens semblaient agréables. On était 6 en même temps à visiter, du coup j'ai vite trouvé cela insupportable. A la fin il y avait un papier à remplir avec "nom, prénom, étude/emploi, âge...". J'avais l'impression de remplir une fiche d'identification nationale.

Dans les deux cas c'est stupide et surtout irrespectueux. Si les gens qui cherchent un colocataire perdent du temps ainsi, qu'en est-il du pauvre qui en est à sa 15ème visite? Généralement, dans les visites de groupe, je sympathisais plus avec les autres demandeurs qu'avec les locataires.

Ce n'est pas tout. Souvent les gens ont des exigences qu'ils ne précisent pas dans leur annonce. Dans un appartement occupé par deux Ukrainiennes, l'une d'entre elle m'a indiqué qu'elle tenait absolument à ce que leur futur colocataire parle très bien l'allemand. Merci. Au Revoir. S'il y a des conditions sine qua none autant le dire lors de l'annonce. Si vous êtes végétarien et que vous ne supportez pas les omnivores, autant le notifier avant de recevoir.

Un dernier point est de donner un numéro de téléphone dans son annonce. L'avantage concret pour le "demandeur" c'est que c'est direct pour avoir un rendez-vous. La plupart des gens trouvent cela plus pratique donc. Pourtant ce n'est pas judicieux pour de nombreuses raisons. La première c'est qu'on n'a pas vraiment le temps de savoir qui est cette personne avant de la recevoir. S'il y a ces fameux critères éliminatoires tacites on va faire se déplacer quelqu'un pour rien. Autant éliminer des gens sur leurs messages plutôt que de leur donner leur "chance" pour ensuite les jeter comme des malpropres en tête-à-tête. La seconde raison est la forte demande. Le nombre de coup de téléphone qu'une personne peut recevoir en une journée est parfois colossale et donc fatiguant...et donc énervant.

J'ai sûrement oublié quelques idioties ou chantage (car finalement il s'agit aussi de cela, on se croirait parfois dans le Maillon faible) que j'ai rencontré lors de mes visites. Je préfère sûrement les oublier. L'ironie de l'histoire, c'est que j'ai été accepté dans un appartement qui avait fait les choses comme je le ferai, c'est-à-dire le mieux possible.

Tout d'abord, Engin recevait les demandes seulement par e-mails. Ensuite il les a toutes imprimées puis les a lues. Il en a choisit 10, 5 aurait presque été suffisant de mon point de vue, 10 permet par contre de recourir aux gens qui ne viendront pas ou à ceux qui trouveront un autre appartement. Il n'est pas nécessaire de voir plus de gens, grâce aux demandes on a déjà une idée sur qui on va rencontrer, et avec 10 personnes on est sûre de trouver quelqu'un qui nous convient (sinon on se demande pourquoi vous faîtes une collocation).

Du coup il a pu programmer tous ses rendez-vous sur un seul week-end, en prévoyant de voir chaque personne en tête à tête...au maximum 1 heure. On a discuté pendant 50, 55 minutes dans mon cas. Il ne s'est donc pas fait agressé téléphoniquement, il n'a pas perdu son temps (deux journées d'un week-end) et surtout il n'a pas manqué de respect aux gens qu'il a reçu.

Ainsi dans la ville par excellence de la collocation on trouve de tout à ce niveau-là. Les Allemands, pour une fois, le faisant malheureusement souvent à la sauvette.

8 janv. 2009

Nouvelles.

Bon tout d'abord, je ne suis pas mort. Mon voyage en France c'est bien passé, et je suis rentré plus grand, plus fort etc... Je croule toutefois sous le travail et je n'ai malheureusement toujours pas internet. les choses se compliquent de ce côté là je ne pense pas l'avoir avant le 1er février. Ce que vous devinez est plus ou moins une catastrophe dans ma vie. Enfin "c'est la vie". Le blog ne va pas mourir, loin s'en faut, je commence à avoir des habitudes dans mes solutions de rechange et j'ai un papier fini et deux autres sur le feu. J'en profite pour vous annoncez que j'ai un nouveau blog: Substance M.
Il est intégralement consacré à la musique comme vous pouvez le deviner. C'est un projet que je mène avec un ami et j'espère qu'on va proposer quelque chose d'intéressant. Comment concilier ce projet avec Hétérozygotie, sachant que mon rythme actuel laisse à désirer? Je pense que plus j'en fais, plus j'en suis apte à faire. Ecrire me coûte chère, mais c'est un effort qui devient plus facile plus j'écris. La preuve j'ai 10 minutes pour vous donnez des nouvelles avant de me faire expédier de ma bibliothèque et j'y arrive.

Sinon mon allemand progresse. J'ai encore compris une bonne partie d'un cours en allemand, et j'ai passé un diné dans mon ancien appartement de Warschauer Str. en allemand avec 4 allemands et Maria et j'ai pas souffert le martyr.

Pour finir grâce à Engin me suis acheté un Monopoly Berlin en bois à seulement 15€ (prix normal: 50€). C'est cool, cela fait un bon souvenir. Je ne connais que deux rues sur trois, j'ai encore du progrès à faire à Berlin.

2009: Me voilà.

6 janv. 2009

22 décembre: Vers Paris.

19h19, le bar de l'aéroport de Schonefeld. Je viens de me débarrasser de mon sac de voyage et je me prends une bière attendant l'embarquement.

Je rentre à Paris. Cette fois ce sera plus sympa. En octobre je n'avais pas encore bien mes marques ici que je me retrouvais déjà à Paris. Plein de Berlin en tête.

Berlin est certes plus présent maintenant mais je maîtrise aussi mieux mon sujet. Alors oui, dans l'absolu je préfère être du côté teuton du Rhin. Mais je vais profiter d'aller à Montreuil pour voir la famille, les amis, profiter de l'ambiance de Noël.

Ma dernière journée Berlinoise fut rapide mais agréable. Je me suis levé relativement tôt pour aller imprimer mon billet et vérifier l'heure au PC Pool d'Humboldt. Il n'y avait bien entendu personne. Il était 10h30 du matin et Berlin s'était paru de son plus beau ciel pour me dire de ne point partir. Jeux de lumières sur l'eau d'une fraîche pluie; ciel chargé tout en permettant d'entrevoir un bleu pur. Superbe. Deux trois albums de Sonic Youth pour accompagner le tout.
Cela fait deux semaines qu'il fait gris et là, forcément, c'est juste beau. Quelques courses de Noël plus tard, je range ma chambre, fait mon sac, me branche sur deux trois The Art of Noise me voilà.

J'ai mes habitudes maintenant dans cet aéroport. J'ai attendu suffisamment de gens ici pour connaître son fonctionnement et ses astuces. La première chose à faire c'est de se dépêcher un peu en sortant du S-Bahn. Le S-Bahn est le moyen privilégié pour se rendre à Schonefeld (avec un RE qui ne dessert malheureusement pas Warschauer Str.). Comme les trains sont assez espacés, si vous êtes dans les premiers à sortir de la station vous serez aussi dans les premiers pour enregistrer vos bagages... Temps d'enregistrement: 1 min 20, attente et discussion avec la guichetière d'Easyjet compris. Réflexion de parisien peut-être...

Ensuite une bière au bar et internet. Bon là internet ne marche pas, j'avais du jouir d'un jour béni l'autre fois. Tant pis. Au moins mon blog sera à jour.

Donc du 22 au 30 je suis à Paris. Le 31 je suis nécessairement à Berlin. Cela ne fait aucun doute. Une soirée à Berlin est rarement inférieure à une soirée parisienne. J'espère que ce sera n'importe quoi pour la "Silverster Party"

En attendant: Hier bin ich.


Ps: Maintenant que je suis dans l'avion la bière ne fut peut-être pas la meilleure de mes idées...

PPS: de retour à Berlin, toujours pas internet, donc pour publier mes messages ce n'est pas la joie.

18 déc. 2008

Deux films

Bon un article sur Der Baader Meinhof Complex c’était sympathique mais c’était un peu couru et j’aurai pu le faire de France.
Comme je viens de le dire dans la précédente notule, je profite actuellement de la Médiathèque du Sprachenzentrum : tu arrives, tu prends ton film, tu te poses et tu regardes…personne ne te demande rien, ne vérifie ta carte (quelle carte ?) ou quoi que ce soit…impossible à Paris...très agréable.

J’en profite donc pour améliorer mon allemand. Je prends un film teuton récent au hasard, je vérifie qu’il y a des sous-titres pour malentendants (sinon c’est un peu dur) et je m’y colle.

Je tombe donc de temps en temps sur des bonnes surprises. En voici deux.


Das Herz ist ein dunkler Wald

Mon premier pourrait se traduire par « Le Coeur est une étrange forêt obscure », enfin c’est Allocine qui le dit, personnellement j’ai encore quelques difficultés à traduire ce genre de titre. L’avantage de prendre des films au hasard, c’est qu’on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Il y a donc le plaisir de la découverte, le plaisir du hasard. Ce film s’ouvre sur une femme dans sa famille, deux enfants un mari. On devine rapidement qu’elle fut artiste mais qu’elle a laissé tout tomber pour s’occuper de ses enfants et rester à la maison. Le style est très allemand, vous savez ce genre de naturalisme glacial. Pourtant quelque chose cloche. Une étrange impression de malaise, de malsain, qui est omniprésent. La femme, Marie, est trop contemplative, trop désincarnée dans ce qu’elle fait. Il y a aussi cette invitation à une fête où se produit son musicien de mari, qui dégage une drôle d’atmosphère. On dirait une invitation pour une fête à la Eyes Wide Shut

le film s’amorce sur ce qui pourrait être un film social (elle découvre que son mari a une deuxième femme, une deuxième maison, un troisième enfant…) puis vire totalement dans un fantastique froid. La fête dans le château au bord d’un lac, entre musique classique et réinterprétation moderne. Un incendie. La forêt. Les hommes qui veulent coucher avec elle, son « mari » qui veut savoir si elle a laissé les enfants seuls. Elle déambule, elle se perd dans les couloirs et les salles du château comme une présence spectrale…

Le film n’est pas extraordinaire ou inoubliable mais il est louable dans ses intentions car il construit bel et bien quelque chose. Un quelque chose de terrible qui plane sur la vie de Marie. Avec son excellente bande-son et ce regard il est suffisamment bon pour qu’on regrette qu’il n’ait pas été diffusé en France. Dommage, dommage. J’ai découvert cette information après l'avoir vu ainsi que c’était une relecture moderne du Médée d'Euripide. Si vous comptez le voir un jour, ne prenez pas la peine d'aller revoir l’histoire de Médée si vous l’avez oublié, car cela gâche un peu le film.

Je ne sais pas trop que penser des « relectures contemporaines » de ce genre de classique. Est-ce qu’il y a quelque chose qui cloche dans cette démarche ou est-ce au contraire intéressant ? Je ne sais, il faudrait que je me penche sur la question mais indépendamment de son lien avec le Médée d’Euripide ce film méritait d'être vu et méritait que je lui consacre ces quelques lignes.


Am Ende kommen Touristen.

Mon second je pourrais le traduire…mais c’est inutile car tout le monde comprend. « A la fin des touristes viennent ». A la différence de mon premier il est bien sorti en France (il y avait le Logo de Cannes sur la jaquette) sous le titre « Et puis les touristes ».
Il s’agit d’un film assez court, 1h25, sur un jeune homme de Berlin qui va faire son service civil, une année, dans le mémorial d’Auschwitz. Forcément la boutade par quelques Polonais arrive vite lors d’un concert « L’armée allemande a envoyé quelqu’un à Auschwitz » et le film tourne doucement autour de ses prémisses.

La première question que je me suis posé en le voyant « Pourquoi Cannes ? » Car même s’il était présenté dans la catégorie « Un certain regard », il ne peut pas être un film Cannois. Un film Cannois c’est un film sur des pédophiles nains qui agressent des vieillards. A Cannes les journalistes veulent seulement la classique brochette, Woody Allen, Tarentino et invités, avec des films qui sentent le souffre. De cette manière ils pourront raconter dans leurs journaux respectifs que « tout le monde s’est emporté dans la salle, mais moi j’ai bien vu que Là -avec une majuscule- il y avait du Cinéma -rebelote-. »
Am Ende kommen Touristen
peut être caractérisé a contrario par sa modestie. C’est un film humble, subtil, qui ne cherche pas à avancer une thèse, à dénoncer ou à résoudre, mais simplement à suivre un jeune homme dans cet endroit spécifique en captant ce dont peut composer son expérience. Il doit aider un vieil homme, Krzeminski, qui est un survivant du camp. Ce dernier n’a plus trop d’objectifs et se contente de ses habitudes tout en traitant le jeune allemand avec une pointe d’ironie et parfois de mépris. De plus Sven rencontre et tombe sous le charme une belle jeune interprète polonaise qui se retrouve à le loger. Rien de moins cannois ici. Pas de volonté d’y aller avec de grands sabots, juste une ambition minimale : celle de narrer son histoire.

J’aime ce film dans sa simplicité, dans cette grâce qui s’en dégage, dans cette manière de traiter les différents thèmes avec pudeur. Je survole quelques articles dessus et beaucoup le « surinterprètent ». Certes il y a l’ombre d’Auschwitz, la question de la mémoire et de la commémoration. Mais ils sont là où ils doivent être, des ombres importantes pendant que des gens vivent, car oui, on vit à Oswiecim.

Hier à la fac...

J’ai failli comprendre un cours en allemand. Bon failli seulement. Par moment je comprenais plutôt correctement ce que le prof racontait mais je manquais des détails importants. En tout cas c’était la première fois que je m’approchais de la compréhension d’un séminaire en allemand donc c’était quelque chose. Le seul véritable problème c’est que le coût en concentration et en énergie est assez élevé, je ne peux absolument pas tenir comme cela une heure et demie. Mais tout de même, moi qui ai l’impression de peu progresser en allemand j’étais heureux de percevoir un sens général. D’autant que l’après-midi j’avais un séminaire avec interventions étudiantes et là c’est actuellement impossible.

En tout cas je me sens toujours aussi à l'aise ici. Les semaines s’égrènent. Je découvre à quel point on possède cette capacité de s’adapter et d’accepter comme quotidien des choses qui ne le sont finalement pas. Je prends le U-bahn les yeux fermés comme-ci je vivais ici depuis 10 ans alors que cela devrait encore me surprendre.

L’université se passe correctement. Je vais avoir énormément de travail en janvier, je préfère ne pas y penser, mais j’espère survivre d’une manière ou d’une autre au premier semestre. C’était le gros morceau. Le second sera nécessairement plus simple (enfin pour la partie « allemande » reste la française…mais c’est une autre histoire). Je n’ai toujours pas Internet chez moi. Engin vient d’envoyer une lettre avec un ultimatum à notre fournisseur, si d’ici janvier on n’a pas Internet on considérera le contrat comme caduque. La galère donc.
Du coup je profite pleinement du Sprachenzentrum, de sa bibliothèque et de sa médiathèque. J'en profite pour voir des films allemands et des classiques que j'ai manqué. Lundi et mardi par exemple je me suis fais Sátántangó de Béla Tarr. 419 minutes. 6H30 le Lundi, la dernière demi-heure le mardi (je me suis fais jeté de la médiathèque le Lundi soir...fermeture, tout cela). Choc. J'en parlerai peut-être une autre fois, mais c'est grand, tellement grand que je devrais le revoir bientôt dans des conditions plus optimales. On ne peut que sortir malade d'un tel film.


Pour finir sur un sujet plus prosaïque je ne suis pas mécontent de revenir quelques jours en France lundi. L’air de rien je suis fatigué. Je vais en profiter pour faire le plein, voir la famille et les amis, acheter des livres pour les cours, profiter d’Internet, de mon nouveau disque dur externe et me préparer pour 2009. Beaucoup de choses à faire et à profiter.

Cela annonce une année dure, mais palpitante.

Et je serai encore sur ce blog. Malgré mes récentes difficultés, je compte bien tenir mon engagement.

A tout de suite.

16 déc. 2008

Trentemøller - Live, 12 décembre.

Depuis que je suis à Berlin j’organise ma vie culturelle autour de micro-événements attendus ou inattendus. Tout est relatif à ma capacité d’avoir les informations (plutôt réduit vu mon allemand et l’absence d’Internet depuis quelques semaines) et d’y réagir. Depuis septembre il y a eu par exemple le concert d’Animal Collective (pile poil la semaine où j’étais en France…), le film sur Arthur Russell (), le concert de Squarepusher (c’était nul), Pantha Du Prince dans un club (prévenu à la dernière minute je n’ai pas eu le courage…honte sur moi).

IL y avait par contre la venue d’un Dj qui était à mon programme depuis longtemps et qui faisait figure d’un immanquable : Trentemøller.

Je vais pas vous refaire la biographie, ce Danois est l’un des Djs les plus appréciés du moment, sa première galette, The Last Ressort, en 2006 était remplie de pures pépites et a terminée dans une pléiade de bons tops de l’année (dont probablement le mien).

Depuis que je suis ici je n’ai pas encore connu une soirée club digne de ce nom. Les meilleurs endroits, le Panorama Bar, Water Gate, je n’ai pas eu l’occasion de m’y rendre, enfin si au Panorama Bar mais j’étais trop crevé et je ne voulais pas payer 15€ pour rester une demi-heure. C’est pourtant l’une des choses à faire à Berlin et jusque là j’ai surtout été frustré sur cette question. Les endroits sympas où je suis allé l’étaient pour le cadre rarement pour la musique. L’occasion était donc rêvée.

Je devais y aller avec Vahide. Bien entendu elle ne m’a pas donné de nouvelles et je n’ai réussi à la joindre. Dommage. Heureusement je n'étais pas seul, Dominik souhaitait aussi s’y rendre (il faut dire que le Trentemøller fait figure de star à Berlin), donc j'ai diné avec lui dans mon ancien appart de Warschauer Str. en début de soirée. On fut ensuite rejoint par une de ses collègues, une italienne, accompagnée par quelques amis. Vers 1h du Matin on prit une bière ou deux dans bar avant de se rendre tranquillement vers le club.

Ce club c’était le Rechenzentrum et il se trouve assez loin. Du côté de Köpenick (à l’est, regardez le plan en bas de la page). Suffisamment loin pour que ce centre (drôle d’endroit d’ailleurs) affrète deux voitures pour faire des navettes gratuitement depuis Ostkreuz.

2h30 nous voilà à faire la queue pour rentrer. 3h, on est dedans. Le set de Trentemøller a déjà commencé, tout vibre, l’ambiance est électrique. La salle n’est pas géniale, seulement un grand rectangle, les vestiaires sont à l’opposée de l’entrée et le plafond est seulement à 2m50. Mais cela est suffisant pour créer quelque chose dans la pénombre et ce son fabuleux. Si vous ne le connaissez pas, vous pouvez faire un tour sur son myspace pour écouter un morceau emblématique comme Take Me Into Your Skin. Trentemøller produit une musique cultivée, dans le bon sens du terme, c’est-à-dire à la fois accessible et complexe. Entre House, Techno, Minimal Techno et toute une culture Rock. Pas de question de frontières juste celui d’ambiances, de paysages sonores et de voyages auditifs.

Le set qu’il a proposé était quelque peu différent de ce que j’imaginais de sa part, plus direct, plus rythmique, moins dans la construction d’atmosphères que dans un pur message physique. S’il rendait le tout accessible (mixant par exemple du Joy Divison, She lost Control, Love Will Tears Us Apart, du Aphex Twin avec l’incontournable Windowlicker) il n’en oubliait par autant toute sa science et ses propres créations. Je n'ai pas entendu Take Me Into You Skin qui est probablement plus un morceau d’ouverture, ouverture que j’ai donc manqué, mais j’ai été bluffé par Vamp qui résume à lui tout seul le contenu de sa prestation.

Vamp, surtout cette nuit là, c'est ce rythme lent et redondant, ses légères fluctuations, ses montées feutrées qui pousse les corps à se lover sur le son, à s’abandonner dans une abyme.

Une autre chose appréciable fut le bonhomme en lui-même. M’étant glissé à moins de deux mètres de lui (il n’y avait pas de scènes donc il était au même niveau que les danseurs), il semblait avoir un véritable plaisir à être là, à se produire et à nous transporter. Son attitude, le voir sautiller, sourire, danser, donnait envie de le suivre, de s’enthousiasmer avec lui. On était loin du spectacle professionnel et aseptisé de Bass Héro de Tom Jenkinson (oui je garde une dent contre Squarepusher).

6h du matin, temps de rentrer. Avec Dominik on partage un Taxi avec deux Polonais venu spécialement pour voir notre Danois. Berlin est toujours plus beau le matin surtout autour de Warschauer Str. Je pouvais me coucher satisfait.

4 déc. 2008

Der Baader Meinhof Complex ou le cinéma complexé.


Culturellement ces derniers temps je me suis surtout concentré sur la musique. Je peux peut-être changer un peu de registre... D'ailleurs j'ai vu un film allemand il n'y a pas si longtemps qui est aussi sorti de votre côté du Rhin, belle occasion que voilà.

Film historique donc, Der Baader Meinhof Complex s'intéresse à l'histoire de la RAF, Fraction Armée Rouge, qui a commit quelques assassinats et quelques actes terroristes durant les années 70. Moment important d'une Allemagne de l'ouest qui se reconstruisait à partir de 68 et qui finalement se préparait en douceur à regarder vers l’avenir... J'ai déjà mentionné cette relation spéciale qu'entretenait le Krautrock avec l'après 68. Andreas Baader, Ulrike Meinhof et les autres membres de la RAF entretenaient de la même façon une relation complexe avec 1968. Pour certains d'entre eux cela fut la prise de conscience de leur capacité politique, de leur refus de la société, pour d'autres juste une confirmation de la justesse de leur combat. L'apaisement qui suivit les dures répressions de ces événements a été vécu comme une trahison à "la lutte". Se retrouvant en minorité, même à gauche, ils décidèrent d'entrer dans l'action armée, dans la clandestinité. La RAF naissait et elle allait devenir l'effigie de tout ce que contre quoi luttait la RFA. Même si leurs actes furent violents, la répression et l'acharnement sur ses membres furent presque disproportionnés.
Sujet brûlant donc, car assez récent, remettant en cause autant une gauche problématique de l'époque (concevoir qu'un groupe isolé d'un individu a les moyens de fissurer un état moderne et durablement installé...Se dire du peuple tout en s’en coupant pour les besoins de l’illégalité), avec une réaction gouvernementale qui flirte sérieusement avec le criminel, avec toute la conception de la réaction "hors système" Guantamo et le Patriot Act ne sont pas bien loin, ainsi que toute la réflexion du vingtième siècle sur le terrorisme et les moyens dont dispose l'Etat.
Je connaissais déjà la question puisque j'ai lu un livre produit à partir d'une thèse d'histoire sur la ce groupe terroriste. Du point des vues des faits, cette adaptation d'un roman, pour ce que j'en sais, est globalement correcte. Ce ne sera pas suffisant pour des néophytes, de nombreux événements importants sont survolés et ne jouent qu'un rôle symbolique, qu'un insert à l'histoire, mais on peut estimer que le film remplit son cahier des charges.

C'est bien la seule chose dont on peut le créditer. Car d'un point de vue du "cinéma", il y a comme qui dirait un problème. Je n'ai pas de définition restrictive du cinéma, je ne suis pas du genre à me lever, taper du poing sur la table en décriant "ceci n'est pas un film". Du coup je ne sors que très rarement d'une salle de cinéma pendant une projection (cela a du arriver deux fois sur les 400 derniers films...) au péril de m'imposer des horreurs (et il y en a eu...). Pourtant devant ce Der Baader Meinhof Complex j'ai le même genre de difficultés qu'en face d'un Sin City. Je ne vois pas en quoi le film apporte quoi que ce soit comparé au support d'origine, la bande dessinée dans le cas de Sin City. Le livre que j'ai lu contenait tout ce film et bien plus. Il n'y a pas de "valeur ajouté" ici. A la vérité il n'y a pas grand chose, pas d'atmosphère, pas de personnages (on est indifférent au devenir de tous), pas d’engagements de la part du réalisateur, pas de thèses, pas de critiques sociales, pas d'enjeux esthétiques. Toutes les questions autour de l'extrémisme, du terrorisme, de l'oppression d'état, des moyens de s'exprimer et de croire en un monde meilleur, sont laissés sur l'autel de la lâcheté. Car oui, ce film sans idées est d'une profonde lâcheté. Il veut plaire à tout le monde dans un conformisme quasi Hollywoodien alors que son thème ne s'y prête pas. Comme pour V pour Vendetta (Quel horreur ce fut...) il y a une incompréhension entre un fond virulent, qui interloque et qui est palpitant dans ses contradictions et une forme qui a la sinistrose. Ce film n'ose strictement rien. Un bon reportage aurait été infiniment plus expressif et aurait pu ouvrir d'autres perspectives.

Certes il ne fallait pas forcément s’attendre à quelque chose d’incroyable, c'est le film gros budget avec la "dream team" allemande, tous les gens déjà présents dans La Chute. Cependant il y avait matière à espérer, La Chute laissait une impression d'inachevée qui restait globalement positive. On aurait pu espérer que ce film se concentre sur son intéressant huit-clos tout en paranoïa plutôt que de tenter de maladroites et d'inutiles sorties à l'extérieur du bunker. Cependant il y avait ce corps, celui d'Hitler, et cet espace, le bunker, dans lesquels quelque chose pouvait se jouer, s'incarner. On ne retrouve rien de semblable sur la « Bande à Baader » qui permette de supporter ces presque 2 heures 30 d'aléas qui ne semble plus nous concerner.

C'est bien le film international Allemand d'une Allemagne polie et civilisée dans tout ce qu'elle a d'énervant avec ce vernis historique sur ce qu'elle est devenue. On pourrait presque le mettre en parallèle avec notre Bienvenue chez les Ch'tis, véhicule du "Vive la France terroir". Sauf que là où Bienvenue chez les Ch'tis fut une surprise incompréhensible (enfin pour moi) ce Der Baader Meinhof Complex est un objet froid visant simplement à servir de carte de visite pour le public international. Dans les deux cas cela n'est heureusement pas représentatif de la production cinématographique des pays respectifs.

A oublier vite.

2 déc. 2008

J'ai besoin d'internet

Cela fait depuis vendredi que nous n’avons plus Internet à la maison. Je trouve des solutions annexes, se connecter à la bibliothèque, rendre visite à Noëlle, à l’appartement de Warschauer Straße…mais ce n’est pas suffisant. J’ai un article sous le coude, mais bloqué dans mon second ordinateur resté à la maison. J’ai besoin de ma dose et je ne l’ai pas. Non pas que je sois dépendant d’Internet, une telle dépendance dans les faits d’existe pas, mais là c’est la galère. Si je décidais de vivre ailleurs, à la montagne, dans une île déserte, ou si je me faisais un voyage dans une région qui nécessite de se couper du monde, de la forêt sud-américaine au G20 Corse, je le ferai avec plaisir. Mais pas ici, pas dans cette vie. Tout mon univers, culturel, universitaire, en partie personnel, tourne autour de la notion de l’information. La musique, le cinéma, la philosophie, l’histoire, tout cela est informations. Et le meilleur vecteur d’informations qui existent, la meilleure invention depuis la Roue (pour le moment) cela reste Internet.
Avec quelques bonnes habitudes Internet c’est le monde de la découverte et de la redécouverte. Boulimique de l’information je suis.

Rendez-moi mon réseau !

Ma carte interactive (en travaux)